Acide

C’est le grondement lointain du tonnerre qui me tire de mon sommeil. Je me suis endormi mais j’aurais mieux fait de ne jamais me réveiller. Au moins, je serais mort sans souffrance. Maintenant, je sais que rien ne me sera épargné : ni ma propre fin, ni la perspective de celle-ci.
J’ouvre les yeux sur la fraicheur de la nuit et le silence qui y règne. Du haut de la dune géante où je suis, le désert se dévoile dans toute son immensité. Cette vision ne fait que me confirmer ce que je savais déjà : je suis perdu. Aucun abri aussi loin que porte le regard. Rien pour briser l’horizon. Juste cet erg de sable blanc. Et au dessus de ma tête, des nuages qui commencent à dévorer la Lune. La lumière s’éteint et je me retrouve dans une obscurité totale. Je ferme les yeux. J’attends la suite avec résignation. Inutile de fuir, la mort est déjà partout. Je l’entends qui tombe en bombes silencieuses. Lire la suite

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Dans les yeux du soleil

CC-BY-SA Petar Milošević

A woman’s eye – CC-BY-SA Petar Milošević

Dans la fraîche chaleur du printemps, Bruxelles frissonne. Ses rues frémissent dans la brise avrillée. Les chemises se décollettent, révélant des vallées que l’hiver avait oubliées. Les robes longues et légères aux allures estivales claquent au vent. Tous les corps se tournent vers le soleil, cherchant à se gorger de lumière. Dehors, les gens se parent de couleurs vives, sans doute afin d’amener plus vite à eux le mois de juillet, qui est encore si loin d’eux.

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Tempus fugit

On nous a annoncé le retour du temps.
Cela veut dire que, ce soir, le monde va reprendre sa respiration, après un long moment d’arrêt. Le soleil s’est levé et couché de nombreuses fois sans qu’aucune nouvelle ne nous parvienne. Mais c’est pour très bientôt, dit-on. Sans que personne ne l’ait annoncé, la rumeur court sur tous les continents, à la vitesse du son. C’est comme si le temps s’annonçait de lui-même. Lire la suite

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Le Moine Copieur

Dans le silence de la salle du monastère, Lionel plongea sa plume dans l’encre, et, dans un mouvement souple, il posa la pointe sur le parchemin qui lui faisait face.
Le premier crissement marquait le début de la journée et était suivi de bien d’autres. Il aimait cet instant où il reprenait son travail là où il l’avait laissé la veille. Il relisait une première fois le manuscrit original à haute voix, puis il le plaçait à côté de lui, ouvert sur la page où il s’était arrêté. Il mettait son doigt sur la ligne exacte, puis commençait à écrire. Il prenait son temps pour recopier chaque lettre avec soin. Contrairement aux autres copistes, il le savait, il avait le luxe de ne pas devoir travailler dans l’urgence, pouvant se relire, voire même se corriger quand cela s’avérait nécessaire. Lire la suite

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Passion d’été

– Où j’en suis ? Eh bien, comment dire… Lui ? Non, non, c’est fini, ça. Faut dire que cette histoire-là s’est terminée aussi vite qu’elle a commencé. J’avais juste envie de me changer les idées. Maintenant, je suis passée à tout à fait autre chose. Quelque chose de solide. Oui, il est beaucoup plus épais. Faut dire que le dernier était fin comme tout. C’est bien simple : j’avais parfois l’impression de pouvoir voir au travers. J’avais presque honte de sortir avec lui dans la rue.

« Mais avec celui-ci, oh ! je voyage. Il arrive vraiment à me faire rêver. La dernière fois, dans le métro, j’en ai presque oublié de descendre à mon arrêt, tellement j’étais absorbée. Hors du temps, quoi. Il m’absorbe. Puis, celui-là, j’aime particulièrement l’avoir contre moi pour m’endormir. Il est vraiment apaisant. Je reste penchée sur lui tant que je peux, puis, quand je sens mes yeux se fermer malgré moi, je m’abandonne au sommeil et retombe sur lui.

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Crève-Cœur™

Je ne sais plus pourquoi je trainais au bar ce soir-là. Sans doute dans le but de terminer ma journée sur une note alcoolisée. Ou alors pour oublier les nouvelles débitées par la télévision quelques heures plus tôt. Seul, je me suis dirigé machinalement vers le comptoir, où une chaise haute n’attendait que moi. Je me suis assis et j’ai appelé le serveur. Je lui ai commandé je ne sais plus quelle boisson et, en attendant d’être servi, j’ai jeté un coup d’œil autour de moi : il y avait trois demi-douzaines de jeunes gens qui discutaient autour de tables bien pourvues en boissons, un couple de quarantenaires qui gazouillaient comme au premier jour, un pilier de bar dans un coin qui sombrait déjà dans des brumes éthyliques et un homme prostré à deux chaises de distance, le nez plongé dans son verre, comme pris dans ses pensées.
Le serveur m’a apporté mon verre dont je me suis saisi avant d’en savourer le contenu. La journée avait été aussi longue que chaude. Très vite, je me suis planté une oasis de fraicheur dans l’estomac avant de laisser l’alcool jouer son rôle de bienfaiteur. Pendant un moment, je me suis retrouvé seul avec mon verre, tandis que la musique se mêlait au brouhaha des conversations. Du bonheur. Je me serais presque cru des allures de bouddha atteignant un instant le nirvana.

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Engrenages

Il est dit qu’au commencement, tout existait. Tout existait depuis toujours. La Terre, le Soleil aussi, ainsi que notre galaxie, et notre univers. Tout existait. Dans l’immobilité infinie.

Tout existait et rien ne bougeait, dans le froid absolu.

Puis, un jour, il y a des milliards d’années, une étincelle. Tout commence toujours par une étincelle. Le mouvement, enfin, imperceptible d’abord, mais là. La mécanique était lancée. Lentement, sous l’impulsion de cette étincelle qui prenait de l’ampleur, la Terre se mit à tourner sur elle-même. Elle entraina à sa suite la Lune, puis toutes les autres planètes, et le Soleil. Dans un gigantesque système de cause à effet, les autres étoiles commencèrent leur ballet. Les autres galaxies emboitèrent le pas. Lentement, l’univers s’émut.
Et depuis, il ne s’est plus jamais arrêté. Lire la suite

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