Désormais, plus rien ne sera à l’image de demain

Voici une nouvelle contribution. Elle est l’œuvre d’un ami et camarade de cours, Laurent Louis-De Wandeleer. Je lui ai proposé d’écrire sur un thème laissé libre. En est sorti un texte qui est dans l’air du temps. Oui, face à ce qui se passe dans le monde entier, on est tenté de croire que le monde tourne en boucle comme un disque rayé. On aime croire que nous nous trouvons à la fin d’une Antiquité et qu’un nouveau Moyen âge est à nos portes. Laurent cite Nietzsche, peut-être parce que sa théorie de l’Éternel Retour a cela de rassurant que malgré le chaos qui semble en découler, on espère y découvrir une vérité suprême. Toujours est-il que pour qui connait un tant soit peu l’histoire, il y a de quoi donner le vertige quand on voit que tout a tendance à se répéter. Une seule consolation : chez l’Homme, tout ce qui se fait se défait, avec le temps.
J’arrête de monopoliser la parole et je vous laisse lire ce billet qui n’est pas de moi :

La bibliothèque de l’esprit est désespérément vide. On lui a retiré sa substance. Elle n’a plus de raison d’être. Atrophiées, les réflexions. Démontées, les interrogations. Pilées, concassées, évaporées, les démonstrations. Voici venue l’heure du jugement facile. L’instinct a repris ses droits. Désormais, plus rien ne sera à l’image de demain. Nous n’avons pu passer au travers des mailles du filet tendu par l’Histoire et son aura irrésistible. Le passé règne en maître. Faites-lui allégeance, ou préparez-vous à subir les affres du courroux populaire.

La machine à remonter le temps. Le miroir. Le compte à rebours. Les réveillons. Les jours fériés. Nietzsche et l’éternel retour. Nous marchons à reculons pour mieux avancer vers notre destinée. Le chemin se dérobe sous nos pas et nous tombons dans un gouffre sans fond. Le plus beau serait de flotter à jamais dans cet espace. Plus de questionnement. La chute comme unique perspective. Nous sommes tous des flocons de neige en puissance. Si semblables. Si différents. Vivre par la chute. Toucher le fond. S’évaporer. Recommencer. Encore. Un cycle. Encore.

Les mêmes schémas reviennent, inlassablement. Seule la technologie mise à disposition change à travers les époques. Comme dirait Barjavel, les arbalètes se sont transformées en arquebuses. Les arquebuses sont ensuite devenues des armes à feu. L’aboutissement du processus s’incarne désormais en la bombe atomique.

Nous évoluons dans un univers cyclique. Ouroboros. L’image du serpent qui mange sa propre queue vient immédiatement à l’esprit. La fin n’est que le commencement et chaque début est un dénouement en soi. Plus rien n’est inédit, la nouveauté n’a aujourd’hui aucun sens. Tout a déjà eu lieu. La création a déjà tout expérimenté. Chaque problème a sa solution propre et la nature ne manque pas de l’appliquer quand le besoin s’en fait sentir. L’être humain devrait ainsi constamment rester sur ses gardes mais il préfère ne pas penser au lendemain. De toute façon, il le connaît déjà. Chaque jour le rapproche de son inexorable extinction. Mais il est tellement plus doux, ô combien plus confortable de vivre dans l’ignorance.

L’ignorance… Quel plus beau présent que de pouvoir contempler un ciel étoilé en toute non-connaissance de cause ? Avoir l’opportunité d’admirer primitivement l’immensité ? Or, l’être humain n’a plus rien de primitif, si ce n’est son instinct de survie. Bel héritage. Encore une fois, c’est son Histoire qui conduit l’Homme à sacrifier son prochain afin de subsister en tant qu’unique survivant. Le passé a ses sectes. Entretenir le passé, c’est garder les prochaines générations à sa merci. Édifier des statues, c’est rappeler quels grands hommes sont choisis (subjectivement) pour représenter fièrement la race et, de la sorte, indiquer quelle est la route à suivre pour servir dignement ses congénères, générés cons.

Aux oubliettes, l’introspection et le libre arbitre. Au bûcher, les esprits indépendants. À l’abattoir, les marginaux. Rentrez dans les rangs ou faites vous démolir par la déferlante du bien-pensant et la guillotine du politiquement correct. À savoir si notre génération et les suivantes pourront changer les choses, la question se pose. Et puis d’abord, en ont-elles réellement envie ? La politique est devenue un cirque, une parodie tellement pathétique qu’elle finit par lasser le peuple. Et c’est précisément là que se situe le danger pervers. En effet, débarrassés des jugements de la plèbe, les clowns peuvent s’en donner à cœur joie et se laisser aller à leurs désirs les plus farfelus. Sans compter que les derniers courageux spectateurs n’ont pas accès aux coulisses du chapiteau. Équations à multiples inconnues.

« Désormais, plus rien ne sera à l’image de demain. » On dit que demain est un autre jour. On peut toujours l’espérer. Et profitez-en : c’est gratuit.

Je clôture en faisant remarquer que ce texte est d’actualité : en France, ce soir, c’est le premier tour des sacro-saintes élections présidentielles. Le changement était dans toutes les bouches et sur de nombreux slogans. Étant quelque peu désabusé, j’ai tendance à croire que le changement ne peut pas venir d’un vote majoritaire (souvenons-nous de ces quelques Sans-culottes en 1789, de ces Communards en 1870 et de cette France libre en 1940). Enfin, j’attends de voir pour mieux croire.

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