C’est le printemps (that springs!)

Ça y est, c’est le printemps. Ça devait bien arriver un jour. C’est le printemps et, face à ce fait accompli, on peut avoir de nombreuses réactions : certains s’émerveillent, comme si c’était la première fois que ça arrivait, ce renouveau miraculeux (et c’est vrai, d’une certaine façon : le printemps que l’on vit n’est jamais le même que tous les précédents, dépendant de tellement de paramètres que celui-ci est véritablement unique), d’autres encore se sentent d’humeur primesautière et sifflent avec les oiseaux. Il y en a, ceux qui sont un brin plus désabusés, qui se moquent quelque peu des sus-mentionnés. Il y a ceux qui bossent et qui n’ont pas de temps à perdre avec ces conneries, s’il vous plaît – ce sont les mêmes qui, quand il neige, ne voient pas le manteau de nacre sur la terre mais pensent au fait qu’ils arriveront en retard au boulot. Il y aussi ceux qui savent pourquoi les abeilles meurent un peu partout. Ceux-là, ils profitent d’autant plus de ce printemps qu’ils ont peur que ce soit un des derniers que l’on ait à vivre.C’est le printemps et je ne veux pas parler du racisme, de la haine et des horreurs vomies à la télévision ou à la radio. Je ne veux parler ni de Toulouse, ni de Sierre, ni de quelque autre drame qui se trame je ne sais où. Il fait trop beau pour être malheureux. Sans déconner, c’est pas possible d’être déprimé par ce temps-ci ! Même le soleil bondit dans le ciel, ou presque. Mais disons qu’il faut bien quelques lois physiques pour l’en empêcher, le con. Même Bruxelles a l’air moins gris ! C’est dire. Même ces adolescents dont le visage bourgeonne aussi en deviennent presque un peu moins insupportables. Pour tout dire, même les gens ont l’air moins cons. Je ne sais pas vous, mais moi mon cerveau se met à bouillonner. Et je ne dois pas être le seul dans ce cas. Je le vois bien dans certains regards que les gens se jettent comme on se jette des fleurs que les hormones se déversent partout comme on balance des pesticides ogéhemmisés sur de pauvres champs heureux et irradient le corps comme seule une centrale nucléaire mal entretenue sait le faire.
C’est le printemps et à ma flemme quotidienne – que je crois avoir partagé avec beaucoup de monde durant cet hiver qui n’en était pas un – à ma flemme, dis-je, a succédé une forme de jemenfoutisme exquis. Il ne faut pas s’y tromper : seul le nom change. Moi, j’ose juste mieux le prononcer. Dire « j’ai une flemme phénoménale, aujourd’hui », ce n’est pas la même chose que « tu sais, quoi, Machin ? J’en ai rien à foutre, de tout ce tintsouin ! » Et puis d’ailleurs merde ! on a bien le droit d’être légèrement guilleret, oh ?
Aujourd’hui, vraiment, c’est le printemps. On passe un cap. L’équinoxe, tout ça. La lumière change. Il fait juste assez chaud pour se chopper un rhume carabiné. Il fait juste assez bon pour qu’on se dise que ce sera pas forcément pire demain. On se sent marsiste mais loin de la Russie et avec plus de vert que de rouge, ou marsien mais avec plus d’oxygène. Enfin, moi je me sens bien. Il y a des poussées de sève un peu partout et ça m’affecte. Disons que j’ai envie de frôler des doigts des écorces frémissantes, de sentir du bout du nez les feuilles nouvelles aux arbres et de goûter du bout des dents les bourgeons qui pointent aux branches. C’est comme ça.
C’est le printemps et il y a de quoi en être content. On n’a qu’à dire que c’est l’anniversaire de la nature et qu’elle ne prend pas une ride, cette brave dame, malgré tout ce qu’elle endure.

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