Retraite OKLM #20

De la réflexion à l’action, le pas peut être difficile.

 

Hier, j’ai publié sur mon site une longue réflexion portant sur la grève des loyers, et plus largement sur le droit au logement et la propriété lucrative. J’en ai également profité pour envoyer un mail à mon propriétaire, l’informant de ma situation financière, afin de conformer mes actes à ma parole. La rédaction du courriel n’avait pas pris beaucoup de temps, mais j’ai tout de même hésité une demi-journée avant de l’envoyer.
Se retrouver dans une situation où l’on demande l’aumône à quelqu’un, c’est se retrouver immédiatement dans une position désagréable. Je me rappelle ainsi que je dépends de la bonne volonté de quelqu’un pour disposer de quatre murs entre lesquels me réfugier. Jamais agréable.

Quoi qu’il en soit, j’ai fini par passer par-dessus ces messages intériorisés issus d’une société en déliquescence et j’ai appuyé sur la touche « envoyer ». La réponse est venue plus tard et a apporté une bonne nouvelle : mon propriétaire accepte mes revendications. C’est pour moi, une première victoire.

 

Mais au-delà de cela, un podcast que mon frère m’a partagé me permet d’intégrer quelque chose dont j’avais déjà l’intuition : « Pour ceux d’entre nous qui ne peuvent pas monter au front — et ce sera la plupart d’entre nous — notre travail consistera à créer une culture qui encouragera et promouvra une organisation politique, et une résistance tenace. » Elle fait écho à toute une série de phrase qui résonnent constamment en moi, chaque jour avec plus d’intensité. Si j’avais des poutres apparentes dans ma mansardes, j’en ferais des sentences. Que ce soit les mots d’Arthur dans la série Kaamelott : « J’ai raté, mais je veux pas qu’on dise que j’ai rien foutu, parce que c’est pas vrai. » Ou Amanda Fucking Palmer et quelques mots jetés à son public : « It doesn’t matter if it’s good. It just matters that I made something. » (« L’important n’est pas que ce soit bon. L’important est simplement que j’ai fait quelque chose. »)

 

Plus le temps passe, plus ce confinement devient un jeûne de capitalisme. Il faut espérer que lorsque nous sortirons, nous serons suffisamment nombreux à en être sevrés. À ce moment-là, nous sortirons dans la rue, pour la prendre et ne jamais la rendre, sous aucun prétexte.

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Retraite OKLM #18

Hier, je suis sorti de ma bulle. Qu’on ne se méprenne pas : je suis resté confiné comme tous les jours depuis 18 jours déjà. Malgré tout, j’ai eu l’occasion de prendre l’air (et surtout la température) d’environnements qui m’étaient inconnus.
Plein de naïveté et de candeurs, j’ai eu envie de parler des grèves des loyers qui s’organisent beaucoup aux États-Unis d’Amérique et un peu en France. Le principe est que face aux problèmes financiers d’une partie de la population en situation précaire, il faut agir. Dans de nombreux pays, les banques ont fait savoir qu’elles gèleraient les remboursements de prêts pour les entreprises. Mais jusqu’à présent, rien n’est prévu pour les particuliers mis en difficulté financière par le confinement. Apparemment, il s’agit de régler ces problèmes au cas par cas. Le problème, on le sait, est qu’un individu ne peut rien face à une entreprise, à moins de se rassembler et de faire bloc. D’où l’idée d’une grève des loyers.
Je trouvais la démarche pertinente, surtout après avoir parcouru rapidement un thread sur la propriété immobilière lucrative, que je ne retrouve malheureusement pas pour l’heure. J’ai choisi pour cela un groupe Facebook d’entraide en temps de coronavirus, comptant quelques milliers de membres. Après un léger temps d’attente, les administrateurs du groupe on validé mon sujet. Et là, sans le savoir, je suis entré dans l’arène. De toute évidence, je n’étais pas préparé à la virulence des réactions.
Je reviendrai plus tard sur mes conclusions au sujet de la grève des loyers, mais j’avais surtout envie d’analyser quelque peu ce que j’ai pu vivre hier.
Les trois premiers messages étaient des insultes. Ils ont vite été supprimés par les administrateurs du groupe. Par la suite, j’ai fait face à un feu nourri de réactions pour la plupart violentes à l’idée que l’on puisse agir de la sorte. La plupart des intervenants pensaient surtout à une connaissance qui est pensionnée, retraitée, isolée ou autre et pour qui ce loyer qui tombe tous les mois est nécessaire à la survie. C’est oublier qu’à Bruxelles, si 50 % des propriétaires ne le sont que pour un seul logement, un peu moins de 20 % des propriétaires possèdent 50 % des logements de la ville. Après quelques fouilles, j’ai trouvé la source : un travail de Julie Charles de 2007 pour l’Institut d’encouragement de la Recherche Scientifique et de l’Innovation de Bruxelles.
Mais bref, je réserve ça pour un autre article, sans doute un peu plus complet sur la grève des loyers et une approche sans doute un brin anticapitaliste, désolé.
Bref, au final, j’aurai eu plus d’une soixantaine de commentaires à ma discussion, en deux heures. Des réactions souvent véhémentes, pour tout dire, avec beaucoup d’injonctions et de violences. Et même si cette violence a parfois été dure à gérer, j’ai tenté un maximum de répondre à toutes les interventions pertinentes. Ce fut une sorte de shitstorm, mais qui m’a permis finalement de réfléchir sur le sujet, comme si je l’avais transformé en un gigantesque brainstorming.
Ce qui m’a frappé, c’est que tant de personnes se reposent sur leur expérience toute personnelle pour se faire un avis sur le monde. Si je voulais faire une grève des loyers, c’était pour m’en prendre à des gens qu’ils connaissaient et qui avaient besoin de cet argent pour payer leur nourriture. Si je voulais faire cette grève, c’était pour voler mon propriétaire sous couvert de solidarité. Si je voulais faire cette grève, c’est parce que j’étais un salaud, un être immoral, etc. Ce sont, je suppose, les images que ceux qui m’ont répondu avaient en tête. Est-ce que mes réponses ont pu les faire réfléchir sur la façon dont ils construisaient leur raisonnement ? Je n’en sais rien. Et peut-être qu’au fond, c’est moi qui me trompe.

Pour le reste, la vie va. Elle va toujours aussi lentement, comme si les rayons du soleil de printemps n’arrivaient pas à réchauffer la vie dans nos rues engourdies par l’absence de mouvement. Pourtant, je sens bien qu’il y a quelque chose de chaud qui gronde quelque part. Ce grondement, je l’entends quand le silence se fait autour de moi.
Donnez-lui une occasion de sortir et vous verrez le geyser que nous en ferons.

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Retraite OKLM #15

C’est comme si la pression du confinement servait de révélateur pour tout ce qui ne fonctionne pas autour de nous. En demandant à tout le monde de rester chez soi, on oublie qu’il y a une partie de la population plus importante qu’on ne le pensait pour qui « chez soi » n’est pas un concept si évident. On oublie que pour que certains puissent rester chez eux, d’autres doivent en sortir et risquer leur vie. On oublie que certains sont oubliés des aides de l’État qui pourraient les aider à sortir de chez eux. On fait un tri sommaire parmi tout le monde et on se rend compte qu’il y en a, des laissés-pour-compte.
On n’avait jusqu’à présent rien prévu pour eux parce qu’ils se débrouillaient dans les marges. Mais le confinement a supprimé les marges, il ne reste aucun endroit pour se cacher. En Italie, certains sont acculés et ont commencé à réagir, violemment. Le gouvernement italien leur débloque des fonds, sans avoir le choix. Que pourrait-il faire ? Enfermer les pauvres ? Devant ses propres contradictions, il choisit la solution pragmatique. Si certains n’ont pas d’argent pour payer leurs courses, on va leur en donner gratuitement, même s’ils n’ont pas cotisé.
Avec un peu de chances, nos représentants profiteront de cette crise pour avoir un sursaut de clairvoyance. Ils se rendront compte qu’un cataplasme de billets ou qu’une infusion de pièces ne soignent pas plus qu’une perfusion bancaire. Que culpabiliser la population qu’ils méprisent ne les sauvera pas et qu’il faudra à un moment oublier les profits pour faire preuve de solidarité.
Ce sera ça, ou la révolte.

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Retraite OKLM #14

Comment organiser un début de résistance ? Comment continuer à défendre ses valeurs lorsque la seule façon d’atteindre le monde passe par un écran d’ordinateur ? Bien sûr, les écrans pourraient être autant de supports pour ma littérature subversive et engagée. En peu de temps, mes écrits seraient diffusés et deviendraient paroles d’évangile. Le seul problème est que je ne nourris pas ce genre de vocation messianique.

Mes textes ne sont qu’autant de bouteilles à la mer, jetées sans espoir particulier qu’ils touchent des gens. Je n’écris pas dans ce but. Avant tout, ces chroniques sont l’occasion de continuer de discuter (avec moi-même : démesure de l’égo) et d’entrainer mon écriture. Si d’autres peuvent y voir une fenêtre sur moi, tant mieux pour eux.

Quels autres façons de militer et de faire changer le monde ai-je, alors ? La diffusion de l’information sur les réseaux sociaux ? J’en fréquente quelques-uns. Celui de Zuckerberg aurait pu être parfait pour cela, mais il est dominé par des logiques profondément incompatibles avec mon modèle de pensée. L’information y est une monnaie dont la valeur est avant tout marchande. Pour sortir du cercle restreint de ceux qui partagent mon avis, il faut lutter contre toute la machinerie du monstre. Avec le risque qu’en luttant contre ses entrailles, on s’y fasse digérer.

Le souci majeur vient du fait que le seul modèle de réussite que j’ai en tête corresponde à celui de la société à laquelle je m’oppose. Il est difficile de penser le succès en d’autres termes que ceux de la célébrité, une certaine forme de star system. Je suis convaincu que nous ne changerons pas la société avec ses méthodes. Il faudrait bien du courage et de l’ingéniosité pour réussir à retourner ses armes contre elle.

La réponse se trouve autre part, mais je ne l’ai pas encore trouvée. Depuis quelques jours, j’améliore les applaudissements quotidiens en y ajoutant une dimension politique : je parle avec les voisins (que je découvre pour les premières fois, pour certains), je profite du beau mur blanc d’en face pour diffuser des messages qui viennent préciser le sens de la démarche (c’est-à-dire : militante). Peut-être que d’autres idées me viendront dans les prochains jours. Après tout, comme c’est parti, il y a des chances qu’on reste confinés jusqu’à la fin du mois d’avril…

Ça laisse le temps de penser à d’autres formes de résistance et d’action politique.

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Retraite OKLM #12

Nous arrivons au terme de cette deuxième semaine de confinement et il se murmure partout que nous resterons entre nos murs quelques temps de plus que ce qui était initialement prévu. Petit à petit, j’arrive à réduire le flux d’actualité. Après une phase de boulimie durant laquelle je voulais tout savoir pour être mieux préparé, j’en arrive à un point où je ne lis plus les infos que de façon intermittente.
Cela me laisse plus de temps pour lire des textes plus denses. Page par page, même si je me suis déshabitué, ces dernières années à ce genre de lecture. Aujourd’hui, je « consomme » de la littérature. Des articles de presse, beaucoup. Pas besoin de mâcher : quelqu’un s’en est déjà chargé à ma place. Je me retrouve dès lors avec une pensée simplifiée, facile à digérer. C’est comme si j’avais intégré que l’effort doit être minime, pour que l’assimilation soit efficace. C’est une façon de voir les choses, avec un regard tourné vers la quantité plutôt que la qualité.
Simplification de la littérature, et donc simplification de la pensée. Je n’en suis pas là, mais qui sait ? Ma peur est qu’avec ce mode de lecture, je me retrouve avec un raisonnement binaire : d’accord ou non. Enfermé dans ma bulle de perception, me nourrissant de lectures sans valeur et m’étiolant petit à petit.
Ces considérations sont liées à ma classe, certainement. J’ai le bagage culturel et intellectuel pour me lancer dans des lectures « savantes ». Même si je bute sur des textes de Michel Foucault, je parviens tout de même à tirer du sens de ce que je lis. Cela, je le dois à un tas de choses qui me sont externes. Il y a dans toute mon éducation une certaine estime de la littérature, de façon générale. Il ne faut pas que j’oublie qu’il s’agit d’un privilège. En faisant une brève recherche, j’apprends que 70 % des ouvriers et des agriculteurs n’ont lu aucun livre durant l’année 2012. Cela ne veut pas dire qu’ils ne lisent rien. Ils lisaient de la presse il y a dix ans. Ils lisent sans doute des articles en ligne aujourd’hui.
Dans le monde dans lequel nous vivons, la littérature n’a plus l’impact qu’elle avait autrefois. Elle passe derrière bien d’autres médias en tant qu’art ainsi qu’en tant que vecteur d’information (en ce compris l’idéologie politique). En un siècle, la littérature a perdu ses lettres de noblesse et est devenu un bien de consommation. C’est tant mieux, ceci dit : il y a deux cents ans, je n’aurais sans doute pas eu accès à cet outil d’émancipation. Pourtant, à l’heure où il n’a jamais été si simple d’écrire et de diffuser ce que l’on écrit, je me mets à espérer que nous ferons autre chose de ce moyen d’expression.
Quel est l’avenir de la lecture ? Notre société de consommation ne nous donne plus le temps de nous plonger dans des œuvres complexes, difficiles à lire, demandant de la réflexion et des outils de pensée pour être comprises. D’un autre côté, on voit bien les effets pervers de cette littérature prémâchée : elle ne permet pas des raisonnements nuancés. Et on s’étonne que les thèses complotistes fleurissent partout.
Je n’ai pas de conclusion à ma pensée. Je pose simplement ce constat : en plus de nous priver de beaucoup de nos libertés, notre société nous enlève également des outils de pensée essentiels pour nous élever et mieux comprendre le monde qui nous entoure. C’est dans son intérêt : il faudrait faire des travailleurs des machines. Mais c’est oublier que les êtres humains sont des machines imparfaites. Il est plus que probable que cette machine aux engrenages plein de biais finisse par se gripper.

Comment ? C’est ce que nous verrons, peut-être plus tôt qu’on ne le croit.

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Retraite OKLM #11

Hier, j’ai voulu parler de politique, mais la fatigue m’a rattrapé. Une balade d’un peu plus d’une heure en compagnie de la femme que j’aime aura suffit à nous épuiser au-delà de ce que nous aurions cru.
Pas grand-chose à dire de cette balade, si ce n’est que nous nous sommes amusés à nous arrêter devant les enseignes fermées ou ouvertes d’une rue commerçante. Un glacier, une boucherie, des supermarchés, tout cela est ouvert et contraste avec les lumières éteintes des restaurants, des snacks, des magasins de vêtements, etc.
Arrivés au parc Meudon, nous ne nous sommes pas attardés. Quel plaisir y a-t-il réellement à se promener si on ne peut pas se poser ? Or, tous les bancs sont ornés de banderoles en plastique aux couleurs rouge et blanc, indiquant visiblement qu’il est interdit de s’arrêter. Les parcs sont devenus aussi vains que les gares, les centres commerciaux et tous monuments de la culture libérale. Dorénavant, il faut circuler et ne pas s’arrêter. Mais bon, je ne parlerai pas de politique aujourd’hui.
Nous ne nous sommes pas arrêtés pour goûter à l’air frimassant de la fin du mois de mars. Nous avons fait demi-tour et sommes rentrés chez nous, entre nos murs familiers.
Pour le reste, je me suis occupé de mon jardin, suivant les préceptes voltariens. J’ai passé ma cour au karcher, dans la droite ligne de la pensée sarkoziste. Puis, qui sait, l’appareil servira peut-être encore une fois le confinement passé, histoire de nous débarrasser de toute la racaille qu’on a au gouvernement (et dans l’ombre de celui-ci, faudrait pas oublier les grands patrons). Mais bon, je ne parlerai pas de politique aujourd’hui. Il me reste encore une partie des escaliers à nettoyer, après quoi je prêterai la machine à la voisine.
Enfin, je ne l’ai pas encore mentionné en ces lignes, mais outre l’écriture, il est un autre art créatif avec lequel je renoue : la cuisine. Toujours sans recette, à l’inspiration, j’aime couper, cuire, surveiller, doser. Le tout pour un résultat concret et réjouissant.
Globalement, les choses se passent plutôt bien dans ma vie en confinement. Je me rends seulement compte que ce qui me manque le plus, c’est d’avoir prise sur le monde. L’impuissance face à ce qui se passe pour l’instant partout autour de moi me met en colère. Mais bon, je ne parlerai pas de politique aujourd’hui.
Je vais couper les réseaux sociaux, fermer les sites d’actualité et lire. Des ouvrages politiques, je pense.

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Retraite OKLM #10

En ces jours difficiles, je me raccroche à ce que je peux pour maintenir mon moral à flot. Je me réjouis, par exemple, de ne pas être français ou anglais. Les premiers sont désormais dirigés par un gouvernement schizophrénique, soufflant le chaud et le froid, pris en plein dans ses contradictions. Les seconds doivent subir l’égo surdimensionné d’un homme prêt à croire à ses propres mensonges plutôt qu’admettre qu’il s’est un jour trompé. Par rapport à cela, la Belgique semble bien s’en sortir. Bien sûr, notre ministre n’a pas pris toute la mesure de ce qu’allait être cette pandémie. Mais il semblerait que ce soit un trait commun à la fonction. Après tout, cette histoire a commencé avec un ministre chinois de la Santé dans le déni face à des médecins qui lançaient l’alerte d’une épidémie imminente.

Il n’existe peut-être pas de bonne réaction lorsqu’une telle catastrophe a lieu. Après tout, il s’agit ici de prendre des décisions que personne ne devrait jamais prendre : un pouvoir sur la vie et la mort de milliers de personnes. Les représentants politiques n’ont, en outre, pas plus de connaissance que tout un chacun. Il y a tellement de paramètres en jeu qu’il faut avoir étudié le sujet une vie entière afin de commencer à en comprendre quelque chose. Et même ainsi, l’expertise tient plus de l’art que de la science.

Malheureusement, il est acquis que celles et ceux qui détiennent l’autorité et le pouvoir dans nos régions doivent se vêtir de leurs plus beaux atours. Il faut qu’ils correspondent à l’idéal bourgeois du « dirigeant ». J’essaie d’éviter d’utiliser ce mot, personnellement. Je préfère le terme « représentant ». Quand je vote lors d’une élection, je ne suis pas là pour me choisir mes nouveaux maitres, mais pour trouver celui qui correspond le plus à mes valeurs. Je veux élire quelqu’un qui me représente, mais qui représente également le monde que je désire voir advenir.

Je ne suis sans doute pas le seul dans ce cas-là. Pourtant, par la magie d’une foule de paramètres complexes qui composent notre société, nous nous retrouvons avec des représentants qui ressemblent au monde dans lequel nous vivons, plutôt qu’à celui dans lequel nous voudrions vivre. Et cette société est avant toute chose basée sur la mauvaise foi, refusant de voir la réalité telle qu’elle est plutôt que de se réformer. Depuis presque deux siècles, cette grande machine ignore le coût en vie humaine de son fonctionnement, ignore ses erreurs fondamentales, persiste dans son approche pétée de l’économie, etc.

De plus, toute cette société est hiérarchisée, centrée autour de la figure de l’homme blanc en fin de vie (qui a donc forcément acquis connaissances et sagesse). C’est lui qui détient le pouvoir et l’autorité pour le faire respecter. La société libérale ressemble à un vieil homme : il a peur de l’étranger, peur de l’inconnu, peur de la jeunesse. Et il est prêt à tout pour maintenir son pouvoir. Sil faut mentir, pas de problème. S’il faut se mentir, encore moins de problème. Et si ses décisions entrainent l’ensemble de l’humanité à sa perte, qu’importe, tant que c’est lui qui dirige le navire en train de sombrer.

Le jour où nous élirons des représentants capables d’admettre leurs erreurs autrement que dans un savant calcul politique, nous serons sur la bonne voie. Ce jour-là, nous arrêterons peut-être de les voir comme des super-héros, infaillibles et indestructibles. Par là même, nous leur enlèverons cette pression qui pèse toujours sur leurs épaules, de ne jamais pouvoir échouer, de devoir sauver les apparences, quitte à sacrifier des vies.

Ce n’est pas la première fois que le système libéral échoue, depuis qu’il est aux commandes. Mais c’est la première fois qu’il échoue avec tant de fracas, sans même se l’avouer. Il git au sol, en position latérale de sécurité, et malgré tout se permet encore de donner des ordres. La situation serait comique si elle n’était pas dramatique. À force de chercher à conserver à tout prix une image de contrôle absolu, nos représentants nous prouvent qu’ils en sont au même point que nous : ils ne savent pas ce qui se passe, n’ont de contrôle sur rien, paniquent, pleurent même probablement quand ils sont seuls dans leur lit.

Ils ne valent pas mieux que nous, c’est ce que la situation nous aura prouvé. Dès lors, rien ne nous empêchera, une fois la crise passée, de mettre un point d’arrêt à cette mascarade et de proposer un nouveau modèle de société, dans lequel les représentants seraient de simples citoyens faisant de leur mieux pour prendre les meilleures décisions possibles dans un monde en mouvement incessant.

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