Passion d’été

– Où j’en suis ? Eh bien, comment dire… Lui ? Non, non, c’est fini, ça. Faut dire que cette histoire-là s’est terminée aussi vite qu’elle a commencé. J’avais juste envie de me changer les idées. Maintenant, je suis passée à tout à fait autre chose. Quelque chose de solide. Oui, il est beaucoup plus épais. Faut dire que le dernier était fin comme tout. C’est bien simple : j’avais parfois l’impression de pouvoir voir au travers. J’avais presque honte de sortir avec lui dans la rue.

« Mais avec celui-ci, oh ! je voyage. Il arrive vraiment à me faire rêver. La dernière fois, dans le métro, j’en ai presque oublié de descendre à mon arrêt, tellement j’étais absorbée. Hors du temps, quoi. Il m’absorbe. Puis, celui-là, j’aime particulièrement l’avoir contre moi pour m’endormir. Il est vraiment apaisant. Je reste penchée sur lui tant que je peux, puis, quand je sens mes yeux se fermer malgré moi, je m’abandonne au sommeil et retombe sur lui.

« Puis, au matin, je me jette sur lui. Je le prends entre mes mains et je le dévore, exactement là où je l’avais laissé avant de m’endormir. Je passe parfois des heures entières dans le lit sans rien faire d’autre que de le parcourir et d’avancer toujours plus loin dans le plaisir de la découverte. Ça fait déjà plusieurs jours que je fonctionne comme ça, et je m’éclate.

« D’un autre côté, j’ai un peu peur du moment où j’en arriverai au bout. Enfin, avec lui, je ne crois pas que la fin me déçoive. Au moins, il n’a pas l’air de s’essouffler. Oui, ça m’est déjà arrivé cet été que j’arrête avant la fin. Je n’en pouvais plus : j’allais de déception en déception. Pourtant, en général, j’aime bien les trucs un peu geek. D’une certaine façon, ils arrivent toujours à me surprendre. Mais celui-là était chiant, à force. Il tournait en rond, ne me proposait rien de neuf. Je l’ai refilé à une copine qui devrait l’apprécier plus que moi. Mais celui avec qui je suis, c’est tout autre chose. Dès le début, je me suis sentie portée et plus le temps passe, plus je lui découvre des qualités. Il est vraiment bien foutu. Et beaucoup moins prévisible qu’il n’en avait l’air. Comme quoi, il ne faut jamais juger un livre sur sa couverture.

« Je pense que d’ici quelques jours, je me ferai un Américain un peu jazzy dont j’ai envie depuis un petit moment déjà. Il devrait me tenir le temps du weekend à la mer. J’essaie d’en avoir toujours un sous le bras quand je suis à la plage, histoire de passer le temps. Au moins, comme ça, je me fais moins déranger par des gros lourds. Puis, il n’y a rien de plus pratique lors de longs trajets en voiture. Quand je ne conduis pas, je n’arrive jamais à dormir. Alors, il faut que j’ai de quoi m’occuper les mains et les yeux.

« Ah ! J’adore les mois de juillet et d’aout. Pendant les vacances, je refais toujours le plein. Je ne vois presque personne d’autre, je reste enfermée dans ma chambre autant que je peux. Et ça, qu’il y ait du soleil ou qu’il fasse dégueulasse comme ces jours-ci. Là, c’est mon douzième depuis le début du mois. Je ne fais aucune distinction : des petits, des gros, des longs, des compliqués, des scientifiques qui me prennent la tête, des cons comme des pieds pour me reposer, des réalistes, des idéalistes, des engagés politiques, et ça qu’ils soient étrangers ou non. Ça fait longtemps que j’ai compris qu’il fallait parfois quitter la francophonie pour changer ses habitudes. J’adore l’humour anglais autant que l’exotisme hispanique.

« C’est vraiment dommage qu’on ait qu’une vie. Parfois, j’aimerais ne rien faire d’autre que ça. Pouvoir voyager sans bouger, c’est le summum du raffinement, non ?

« Oulah, il est déjà dix-huit heures ?! Bon, je te laisse, je m’en vais le terminer avant ce soir. Il me reste une petite centaine de pages à lire avant la fin et j’ai fini. Si tu veux, je te le prêterai après. Tu verras, il est vraiment passionnant ! »

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