Cyclisme et Hybridation

« Les pistes cyclables n’existent pas. Ce sont des routes… ou des trottoirs ! »

C’est ainsi que se concluent les deux billets rédigés en janvier par l’ami Ploum. Il s’y interrogeait sur ce que sont réellement les pistes cyclables. Sont-ce des parkings ? Des routes ? Selon lui, les pistes cyclables sont soit des routes soit des trottoirs. Au mieux, des routes trafiquées pour donner l’illusion de sécurité aux cyclistes. Au pire, une couche de bitume rouge et glissante les mettant en danger. Dans tous les cas, il semblerait que les cyclistes soient condamnés à errer entre deux mondes, celui des voitures et celui des piétons.
Et pourquoi, au final ? Si l’on doit s’interroger sur ce que sont les pistes cyclables, il faut aussi réfléchir à l’identité des cyclistes. Ils ont des roues, mais sans la carrosserie des voitures (ou même des motos). Ils ont des pieds, mais ils ne touchent jamais le sol, ou presque. Ils sont faits de chair et de métal. Un cycliste, sur son vélo, est capable de se déplacer dans des endroits inaccessibles aux voitures – forêts, parcs publics, rues à sens unique adaptées pour eux (à Bruxelles, c’est assez courant) – tant qu’aux piétons – boulevards, routes à plusieurs bandes et autres joyeusetés.
Les cyclistes sont des êtres hybrides, mi-humains, mi-machines.
Partant de ce constat, il devient logique qu’ils ne trouvent réellement leur place dans aucun des espaces prévus pour les véhicules motorisés ou pour les piétons. Sur les routes, les pistes cyclables sont parfois dangereuses, voire inexistantes. Et quand un marquage existe, il peut être facultatif.

Sur cette image, par exemple, la bande rouge sur la gauche est une piste cyclable (et les cyclistes ont l’obligation de rouler dessus). La bande sur la droite est une « bande cyclable suggérée ». Les automobilistes roulent dessus (sinon, il n’y a pas d’espace suffisant pour que des voitures se croisent en sens inverse) et les cyclistes peuvent décider de rouler à côté.

D’un autre côté, il arrive que cyclistes et piétons partagent certaines voies de circulation. Il y a même un panneau pour désigner ces voies :

Normalement, chacun est censé rester de son côté de la ligne, puisque les cyclistes vont vite et peuvent blesser les piétons. Dans les faits, il est fréquent qu’un groupe de personnes décident de marcher sur la piste cyclable, mettant leur sécurité en danger.

Cet être hybride qu’est le cycliste n’a réellement sa place dans aucun des espaces des deux autres usagers de la route. Il arrive qu’il ait droit à ses propres voies, à ses propres signalisations (feux ou panneaux, par exemple les panneaux B22 et B23, qui permettent aux cyclistes de ne pas s’arrêter à un feu rouge, si les conditions de sécurité nécessaires sont remplies), etc.

Et c’est ce « parfois » qui posent problème. Le plus souvent, les cyclistes se retrouvent à rouler sur des routes qui ne sont pas conçues pour eux, mais pour les automobilistes. À Bruxelles, devant de nombreux feux rouges, il existe un espace réservé aux cyclistes pour que ceux-ci puissent attendre le passage au vert en sécurité. La plupart du temps, cet espace est occupé par une voiture. Et quand ce n’est pas le cas, les automobilistes s’impatientent vite face au démarrage parfois lent du cycliste devant eux. J’ai pour ma part pris l’habitude d’attendre de l’autre côté du passage pour piéton, tant que je ne risque rien à cause du passage des autres voitures. Ça me laisse une marge appréciable pour redémarrer.

La vie du cycliste est pleine de ces petites entorses au code de la route, pour plus de sécurité, d’efficacité ou parfois simplement de confort. C’est sa nature hybride qui le force à s’adapter au monde de la voiture.
On peut espérer que, dans un avenir pas trop lointain, le législateur prendra en compte cette nouvelle espèce d’usagers métis pour lui faire une place dans la ville. Que les rustines qu’on pose un peu partout sur le macadam soient enfin remplacées par une vraie législation qui prendrait en compte les spécificités des cyclistes et les protégerait correctement.
Et peut-être qu’un jour le cyclisme ne sera plus un acte militant ou simplement un sport de combat, mais tout simplement une façon sure et propre de se déplacer.

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