Lunaire Octidécan

La clarté de la pleine lune n’éclate que pour quelques-uns.
Le claquement du verre sur le sol brise le silence.
Les coquelicots le long des rails courbent la tête après les pluies.

Il est tellement facile d’être amer.
On trouve plus agréable de parler de ce qui est en se souvenant de ce qu’il y a eu.
Le souffle d’une respiration peut rendre sourd.
Il arrive que parfois quelqu’un meure.
Les gens ne sont jamais contents du temps qu’il fait dehors.

Quand il fait chaud, même le vol d’une mouche rafraîchit.
Une corneille blessée est un oiseau qu’on évite.
Il n’y a que pieds nus qu’on se sent vivant.
Le spectacle de gouttes qui tombent sur un trottoir hypnotise.
Le son du métal sur la pierre réveille des souvenirs millénaires.

La vie, ce n’est que des cartons qui prennent la poussière.
Pendant un instant, on se croit des dieux.
Même la nuit, on peut être ébloui.
Les hommes ne dorment jamais.
L’impatience ne touche que ceux qui attendent.
Les hommes modernes regardent des lumières en face à longueur de journée.
Les bateaux sont faits pour atteindre l’horizon.
La fin compte plus que le début.

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3 réflexions sur “Lunaire Octidécan

  1. Le dernier vers est particulièrement « juste ».
    Un texte qui m’a touché par sa justesse, peut-être plus que d’autre par leur douceur.

    Un bon début de mois….

  2. Chaque phrase est une pépite, ou plutôt : un germe; on s’attend presque à voir se déployer tout un arbre à partir de cette graine-joyau. Par exemple : un verre est-il avant tout une incarnation du silence, plutôt que de la transparence, avant de se briser ?
    Merci pour ces échappées-rêve.

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