Hérétique

Il faut comprendre l’autre.
Je pourrais expliquer pourquoi la tolérance et pourquoi la compréhension, mais ceux qui n’ont pas compris ne comprendront jamais. Pas avec des mots, en tout cas.
Je ne suis pas le seul être humain sur cette terre. Je ne suis pas le seul à penser. D’autres pensent, parfois mieux que moi. Quand je parle, je ne dis rien de nouveau. Il y a eu des milliers d’hommes qui ont formulé mes paroles avec plus ou moins de justesse, avec plus ou moins de génie. J’ai néanmoins envie de le dire avec mes mots.
Je sais beaucoup de choses et, pour tout dire, je ne sais rien. Je ne suis pas le seul à vivre, à respirer, à penser et à rire. Il y a les autres. Je dois leur parler pour les comprendre. Je n’ai qu’une seule et unique façon de penser. Ils pensent différemment. Ils ont d’autres expériences que moi. Moi, je ne vivrai jamais d’autre vie que celle que je vis. Je veux pouvoir comprendre leurs vies à eux. Pourquoi leurs joies, leurs peurs, leurs larmes, leurs émotions que je ne comprends pas ? Je ne veux pas être eux. Je veux être moi et les comprendre, et les aimer pour ce qu’ils sont.
Je ne sais pas qui je suis. Je sais parfois ce que je pense. Je n’aime pas la violence, je n’aime pas le mépris des gens, je n’aime pas l’égoïsme et l’intolérance. Je sais d’où je viens. Petit bourgeois, je ne sais pas le coût de la vie, je ne sais rien du malheur ni du bonheur. Je suis pourtant naïf et je crois encore que le monde est beau.
Alors, j’écoute. Je comprends ou je ne comprends pas, mais j’écoute. Quand ils sont seul à seul, je peux parler aux autres. En groupe, ils se replient sur eux. Il y a leur groupe et le reste du monde. Ils oublient les autres autres. C’est dommage. Ils sont parfois méchants et je ne sais pas pourquoi et ils ne savent pas pourquoi.
Dans la conversation, j’existe. Quand je parle de toi, je parle de moi. Quand je parle enfin de moi, je veux parler de toi. Je veux juste vivre sans faire de mal autour de moi. C’est plus dur qu’on ne le pense. Plus dur que de faire mal volontairement. Moi, je ne veux pas avoir mal. Je suis lâche. Je suis égoïste aussi. Mais cette lâcheté et cet égoïsme me poussent à ne pas être égoïste et à parfois être courageux.
On me mettra dans une boîte, en me catégorisant. Doux rêveur, idéaliste, grand con ou petit génie ? Je veux être hors de la boîte. Quand on est au dehors, on vous met dans la boîte des ceux qui sont hors de la boîte. Alors, on se lasse et on se laisse cataloguer.
Quand je parle avec un autre, je reçois. Dans une conversation, il faut savoir donner pour pouvoir prendre. On ne parle pas à des murs de brique. On parle à des êtres pensants. Des miroirs qui me renvoient une image déformée de moi, passée par le prisme de leur existence. Ils sont là pour me faire changer et me faire évoluer. Ils sont là pour m’apprendre que le monde existe, que je ne suis pas seul et qu’ils sont là, avec d’autres façons de voir le monde. On apprend des tas de chose de la part de l’autre.
Il ne faut jamais fermer la porte à l’autre, à celui qui pense différemment. Qu’il ait raison ou qu’il ait tort, là n’est pas la question. Il faut juste parler pour rester humain. Et il faut comprendre juste pour être intelligent. C’est aussi simple que ça.

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