{"id":575,"date":"2016-01-26T09:50:35","date_gmt":"2016-01-26T09:50:35","guid":{"rendered":"http:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/?p=575"},"modified":"2016-01-29T12:35:19","modified_gmt":"2016-01-29T12:35:19","slug":"disparitions-au-coeur-de-lhiver","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/disparitions-au-coeur-de-lhiver\/","title":{"rendered":"Disparitions au c\u0153ur de l&rsquo;hiver"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Tous les jours, vers dix heure du matin, je passe le long du Parc du Cinquantenaire pour aller travailler. \u00c0 cette heure-ci de la journ\u00e9e, il n&rsquo;y a pas grand monde dans l&rsquo;avenue de l&rsquo;Yser. Les travailleurs se sont enferm\u00e9s dans leurs cages de verre. Les enfants sont tous des \u00e9l\u00e8ves, les fesses soud\u00e9es \u00e0 leurs bancs d&rsquo;\u00e9cole. Les temp\u00e9ratures du mois de janvier, quoique douces pour la saison, d\u00e9couragent les promeneurs. Quand je sors de la station M\u00e9rode pour prendre le chemin du boulot, j&rsquo;\u00e9vite le concert des klaxons et les mines tristes \u00e0 mourir de mes concitoyens. Leurs cernes et leurs gueules qui tra\u00eenent jusque par terre me donnent toujours envie de leur hurler dessus. Heureusement, \u00e0 mon heure habituelle, pas de pollution visuelle ou sonore. Rien d&rsquo;autre que le bonheur de marcher le long du parc bord\u00e9 d&rsquo;arbres en profitant de la tranquillit\u00e9 hivernale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce matin, au croisement des avenues de l&rsquo;Yser, de la Chevalerie et de la Renaissance, au moment o\u00f9 j&rsquo;allais m&rsquo;engager dans cette derni\u00e8re, un d\u00e9tail m&rsquo;arr\u00eate. C&rsquo;est \u00e0 l&#8217;emplacement de ce qui aurait pu \u00eatre un rond-point, mais de ce qui est plut\u00f4t une de ces bizarreries con\u00e7ue par un ing\u00e9nieur en manque de temps. Il s&rsquo;agit de deux triangles coup\u00e9s par l&rsquo;avenue de la chevalerie et contourn\u00e9s par celle de l&rsquo;Yser d&rsquo;une part et par celle de la Renaissance d&rsquo;autre part. Ces accotements me donnent toujours l&rsquo;impression qu&rsquo;il y avait l\u00e0 un vide qui a d\u00fb \u00eatre insupportable pour l&rsquo;ing\u00e9nieur et qu&rsquo;il l&rsquo;a rempli comme il pouvait. Et pour faire joli, il y a fait planter des arbres (des marronniers).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces arbres sont d&rsquo;ailleurs la raison de mon arr\u00eat inopin\u00e9. L&rsquo;un d&rsquo;entre eux, le plus proche de moi lorsque je sors de l&rsquo;avenue de l&rsquo;Yser et le plus grand des cinq arbres, a tout bonnement disparu ce matin. Pourtant, hier encore il se dressait \u00e0 la pointe de son triangle, projetant son ombre sur le jeune marronnier \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui. L\u00e0, il n&rsquo;y avait plus rien. M\u00eame pas de terre fra\u00eechement retourn\u00e9e. M\u00eame pas de souche coup\u00e9e \u00e0 ras. M\u00eame pas le souvenir d&rsquo;une branche au sol.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je reste l\u00e0 pendant un long moment, sans trop savoir pourquoi. L&rsquo;absence de cet arbre qui a \u00e9t\u00e9 l\u00e0 si souvent lors de mes allers-retours journaliers me cause un trouble indescriptible. Comme une \u00e9toile dans la nuit qui s&rsquo;\u00e9teindrait soudainement. Ce sont les cloches de l&rsquo;\u00e9glise Saint-Dominique qui me sortent de ma stupidit\u00e9. Je me rends compte que je suis d\u00e9j\u00e0 en retard et qu&rsquo;il faut que je me d\u00e9p\u00eache. Je reprends mon chemin en lan\u00e7ant des regards par-dessus mon \u00e9paule au vide laiss\u00e9 par mon arbre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je rentre tard le soir par le m\u00eame chemin. On n&rsquo;a jamais rien sans rien. En commen\u00e7ant tard, je finis immanquablement tard aussi. Parfois, il m&rsquo;arrive de rater le dernier m\u00e9tro pour rentrer \u00e0 la maison. Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;ai encore un peu de temps avant que cette situation inconfortable soit d&rsquo;actualit\u00e9. J&rsquo;ai presque oubli\u00e9 la disparition du marronnier. En tout cas, j&rsquo;ai pass\u00e9 la matin\u00e9e \u00e0 me persuader que j&rsquo;\u00e9tais peut-\u00eatre pass\u00e9 la veille sans voir qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 abattu. Et ce matin, j&rsquo;ai d\u00fb arriver apr\u00e8s que les ouvriers communaux avaient rebouch\u00e9 le trou laiss\u00e9 par l&rsquo;arbre, en attendant d&rsquo;en replanter un nouveau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque j&rsquo;atteins au carrefour, je le traverse sans m&rsquo;arr\u00eater. \u00c7a doit \u00eatre la saison et le manque de soleil qui me rendent un peu trop sensible. Tout rep\u00e8re est important dans ce genre circonstance. De retour dans l&rsquo;avenue de l&rsquo;Yser, je passe le long des maisons le regard au sol, perdu dans mes pens\u00e9es. Soudain, je m&rsquo;arr\u00eate. Je viens de passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un endroit o\u00f9 il y aurait d\u00fb y avoir deux arbres l&rsquo;un \u00e0 la suite de l&rsquo;autre. Ils n&rsquo;y sont plus. Je ne me suis pas encore retourn\u00e9 pour le v\u00e9rifier, mais je le sais. Ils ont eux aussi disparu. J&rsquo;ai peur de constater ce fait absurde et peut-\u00eatre m\u00eame de voir qu&rsquo;il n&rsquo;y a l\u00e0 aussi aucune trace de terre remu\u00e9e r\u00e9cemment ou quelque autre indice de leur pr\u00e9sence pass\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour retarder ce moment o\u00f9 je vais faire volte-face, je tourne ma t\u00eate \u00e0 droite, pour accrocher mes yeux aux branches des arbres du Parc du Cinquantenaire. Loin de me rassurer, cette contemplation me perturbe encore plus, puisque je crois d\u00e9celer l&rsquo;absence de quelques silhouettes au milieu de la masse de bois tendue vers les cieux. Je suis \u00e0 ce point perdu dans mon h\u00e9b\u00e9tude que j&rsquo;en rate le dernier m\u00e9tro. Dans le taxi qui me ram\u00e8ne chez moi, j&rsquo;essaie de me convaincre qu&rsquo;il doit y avoir une explication rationnelle \u00e0 ces disparitions. Malgr\u00e9 tout, mon trouble ne dispara\u00eet pas tout \u00e0 fait.<\/p>\n<p class=\"wp-flattr-button\"><a class=\"FlattrButton\" style=\"display:none;\" href=\"https:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/disparitions-au-coeur-de-lhiver\/\" title=\" Disparitions au c\u0153ur de l&rsquo;hiver\" rev=\"flattr;uid:Alexis_Ids;language:fr_FR;category:text;tags:Arbre,Bruxelles,Cinquantenaire,Fantastique,Hiver,blog;popout:0;button:compact;\">Tous les jours, vers dix heure du matin, je passe le long du Parc du Cinquantenaire pour aller travailler. \u00c0 cette heure-ci de la journ\u00e9e, il n&rsquo;y a pas grand...<\/a><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tous les jours, vers dix heure du matin, je passe le long du Parc du Cinquantenaire pour aller travailler. \u00c0 cette heure-ci de la journ\u00e9e, il n&rsquo;y a pas grand monde dans l&rsquo;avenue de l&rsquo;Yser. Les travailleurs se sont enferm\u00e9s dans leurs cages de verre. 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