{"id":57,"date":"2012-02-16T23:15:40","date_gmt":"2012-02-16T23:15:40","guid":{"rendered":"http:\/\/alexis.nuagedstete.com\/blog\/?p=57"},"modified":"2015-08-23T13:08:27","modified_gmt":"2015-08-23T13:08:27","slug":"dom-juan-ou-le-festin-de-pierre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/dom-juan-ou-le-festin-de-pierre\/","title":{"rendered":"Dom Juan ou le festin de pierre"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Le Dom Juan de Moli\u00e8re est une pi\u00e8ce \u00e9trange. Fascinante, m\u00eame. Une com\u00e9die d\u00e9guis\u00e9e en satire. Ou peut-\u00eatre une satire d\u00e9guis\u00e9e en com\u00e9die. Une \u0153uvre fantastique avant l&rsquo;heure par certains c\u00f4t\u00e9s. On c\u00f4toie tout le long de la pi\u00e8ce l&rsquo;au-del\u00e0, les spectres et les revenants. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ce va-et-vient entre monde des vivants et monde des morts, les escapades de Dom Juan peuvent para\u00eetre fades, mais ce sont ces p\u00e9rip\u00e9ties qui feront toute la pi\u00e8ce.<br \/>\nL&rsquo;intrigue est donc simple au possible. En Sicile, Dom Juan, incroyant et impie de surcro\u00eet, fuit Done Elvire qu&rsquo;il a s\u00e9duite et qui le lasse. Dans sa fuite, il rencontre une s\u00e9rie de personnages et bouleverse le monde sur son chemin. Deux paysannes qu&rsquo;il s\u00e9duit sans difficult\u00e9, un mendiant qu&rsquo;il tente comme un satan en guenilles et qu&rsquo;il force \u00e0 jurer pour un louis d&rsquo;or, deux fr\u00e8res d&rsquo;Elvire qui cherchent \u00e0 le tuer et un des deux que Dom Juan sauve, une statue \u00e9nigmatique d&rsquo;un commandeur r\u00e9cemment tu\u00e9, un p\u00e8re qui voudrait le voir revenir dans le droit chemin, un cr\u00e9ancier qui aimerait \u00eatre pay\u00e9 et un Sganarelle qui paie souvent pour les \u00e9carts de son ma\u00eetre. Tel est en vrac le contenu de Dom Juan, un irr\u00e9v\u00e9rencieux imbroglio qui tourne tout en d\u00e9rision, m\u00eame la mort. On comprend que cette pi\u00e8ce ait fait tiquer la critique \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Il n&rsquo;y a rien de condamnable, si ce n&rsquo;est Dom Juan qui tourne tout en d\u00e9rision (l&rsquo;amour, la mort, Dieu). Pourtant, il est puni pour ses crimes. Le g\u00e9nie de Moli\u00e8re intervient \u00e0 cet instant, puisque le public ne peut s&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;\u00e9prouver de la sympathie pour ce m\u00e9cr\u00e9ant et en vient presque \u00e0 prendre son parti.<!--more--><br \/>\nEn fait, on peut avoir l&rsquo;impression que la pi\u00e8ce ne s&rsquo;ach\u00e8ve pas vraiment, malgr\u00e9 un d\u00e9nouement qui voit punir Dom Juan et triompher en coulisse la morale de l&rsquo;\u00e9poque. En effet, dans l&rsquo;amour et dans la vie, tout ce qui int\u00e9resse Dom Juan, c&rsquo;est le moment de la s\u00e9duction. Tout est l\u00e0. C&rsquo;est l\u00e0 le point de cette pi\u00e8ce. Dom Juan n&rsquo;est pas fini. On peut voir en lui un \u00e9ternel commenceur. Pour lui, tout n&rsquo;est que d\u00e9buts, le reste est d\u00e9tails. Il l&rsquo;explique tr\u00e8s bien lui-m\u00eame\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Les inclinations naissantes, apr\u00e8s tout, ont des charmes inexplicables, et tout le plaisir de l\u2019amour est dans le changement. On go\u00fbte une douceur extr\u00eame \u00e0 r\u00e9duire, par cent hommages, le c\u0153ur d\u2019une jeune beaut\u00e9, \u00e0 voir de jour en jour les petits progr\u00e8s qu\u2019on y fait, \u00e0 combattre par des transports, par des larmes et des soupirs, l\u2019innocente pudeur d\u2019une \u00e2me qui a peine \u00e0 rendre les armes, \u00e0 forcer pied \u00e0 pied toutes les petites r\u00e9sistances qu\u2019elle nous oppose, \u00e0 vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur et la mener doucement o\u00f9 nous avons envie de la faire venir. Mais lorsqu\u2019on en est ma\u00eetre une fois, il n\u2019y a plus rien \u00e0 dire ni rien \u00e0 souhaiter\u00a0; tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la tranquillit\u00e9 d\u2019un tel amour, si quelque objet nouveau ne vient r\u00e9veiller nos d\u00e9sirs, et pr\u00e9senter \u00e0 notre c\u0153ur les charmes attrayants d\u2019une conqu\u00eate \u00e0 faire.\u00a0\u00bb<br \/>\nMoli\u00e8re, Dom Juan ou le Festin de pierre, 1663, Imprimerie nationale de France, sur <a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/Dom_Juan_ou_le_Festin_de_pierre_%28Imprimerie_nationale%29\" target=\"_blank\">Wikisource<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est peut-\u00eatre en \u00e7a qu&rsquo;il est le plus humain et qu&rsquo;il pla\u00eet malgr\u00e9 tous ses d\u00e9fauts. C&rsquo;est peut-\u00eatre pour cela qu&rsquo;il ne croit en rien, puisque croire, c&rsquo;est chercher des r\u00e9ponses \u00e0 la fin de tout. C&rsquo;est peut-\u00eatre aussi le plus grand de ses p\u00e9ch\u00e9s, ce d\u00e9sint\u00e9r\u00eat de tout ce qui n&rsquo;est pas un commencement. C&rsquo;est un sentiment bien humain\u00a0: le plus enthousiasmant dans une aventure nouvelle c&rsquo;est le d\u00e9but et le reste c&rsquo;est de la gestion\u00a0; dans un conte, on aime le d\u00e9but, on tremble dans les aventures et on se d\u00e9sint\u00e9resse de la fin, tant qu&rsquo;on sait qu&rsquo;elle est vaguement heureuse. Il y a une fascination pour le flamboiement des grands d\u00e9buts, au risque de s&rsquo;y br\u00fbler les doigts. Et c&rsquo;est sans doute l\u00e0 la cause de tous les maux de Dom Juan, jusqu&rsquo;\u00e0 la cause de sa mort. Quand enfin il accepte l&rsquo;invitation de la statue et qu&rsquo;il prend la main de cette apparition, il finit. Et cet accomplissement signe sa fin.<br \/>\nCelui qui lui survit, Sganarelle, n&rsquo;est pas moins important. Il n&rsquo;est pas sage mais voudrait l&rsquo;\u00eatre pour sauver son ma\u00eetre de lui-m\u00eame et des dangers qui r\u00e9sultent de la conduite impie de Dom Juan. S&rsquo;il sert de bouc \u00e9missaire dans la plupart des sc\u00e8nes, lorsqu&rsquo;il se trouve seul avec son ma\u00eetre, il se fait moralisateur et m\u00eame philosophe. Il met en lumi\u00e8re Dom Juan, faisant ressortir ses d\u00e9fauts, ses qualit\u00e9s \u2013 sa personnalit\u00e9. Il \u00e9coute, il conseille, il sermonne. Il approuve et r\u00e9prouve. Il est toujours en sc\u00e8ne, m\u00eame lorsqu&rsquo;il ne dit rien. Si Dom Juan est tr\u00e8s logiquement l&rsquo;esprit de cette pi\u00e8ce, Sganarelle en est son \u00e2me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais cette pi\u00e8ce que je trouve si \u00e9trange, comment \u00e9tait-elle jou\u00e9e, ce soir-l\u00e0, au fin-fond de la commune de Koekelberg\u00a0? Avant de r\u00e9pondre, je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser que je partais avec un a priori un peu n\u00e9gatif, ayant toujours \u00e9t\u00e9 mis en garde contre l&rsquo;amateurisme en th\u00e9\u00e2tre. Il s&rsquo;agissait en effet ce soir-l\u00e0 d&rsquo;une troupe amateur, l&rsquo;Union Dramatique et Philanthropique de Bruxelles. Mais je dois aussi avouer que je suis bon public et que mes rires ont fus\u00e9 assez fr\u00e9quemment.<br \/>\nDom Juan \u00e9tait comme je l&rsquo;esp\u00e9rais. Insupportable et charismatique. C&rsquo;est un r\u00f4le contraignant et dangereux que celui-ci, mais l&rsquo;acteur, Claude Burton, a remport\u00e9 ce pari pris avec le public. On a du mal \u00e0 cautionner les actes et les paroles de Dom Juan, mais ce soir-l\u00e0, il apparaissait presque sympathique, s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas eu cette voix qui continuait \u00e0 dire, en sourdine, que le personnage est un dangereux s\u00e9ducteur. Le je-m&rsquo;en-foutisme de ce Dom Juan \u00e9tait malsain mais d\u00e9licieux. Les situations d\u00e9licates dans lesquelles il se pla\u00e7ait pour ensuite s&rsquo;en sortir par des pirouettes improbables d&rsquo;\u00e9loquence \u00e9taient un r\u00e9gal.<br \/>\nGuy Vereecken jouait un Sganarelle tr\u00e8s convaincant, sachant s&rsquo;effacer devant Dom Juan dans les sc\u00e8nes plus importantes, celles qui font avancer l&rsquo;intrigue, mais intervenant avec succ\u00e8s entre deux sc\u00e8nes plus dramatiques pour faire redescendre la pression. Avec un jeu physique et virevoltant, il faisait rire m\u00eame dans les moments sombres de l&rsquo;histoire, sans cependant tomber dans l&rsquo;exc\u00e8s. Les interventions \u00e9taient dos\u00e9es. Un tandem r\u00e9ussi pour ces deux hommes.<\/p>\n<p class=\"wp-flattr-button\"><a class=\"FlattrButton\" style=\"display:none;\" href=\"https:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/dom-juan-ou-le-festin-de-pierre\/\" title=\" Dom Juan ou le festin de pierre\" rev=\"flattr;uid:Alexis_Ids;language:fr_FR;category:text;tags:Claude Burton,Dom Juan,Guy Vereecken,Koekelberg,Moli\u00e8re,blog;popout:0;button:compact;\">Le Dom Juan de Moli\u00e8re est une pi\u00e8ce \u00e9trange. Fascinante, m\u00eame. Une com\u00e9die d\u00e9guis\u00e9e en satire. Ou peut-\u00eatre une satire d\u00e9guis\u00e9e en com\u00e9die. Une \u0153uvre fantastique avant l&rsquo;heure par certains...<\/a><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Dom Juan de Moli\u00e8re est une pi\u00e8ce \u00e9trange. Fascinante, m\u00eame. Une com\u00e9die d\u00e9guis\u00e9e en satire. Ou peut-\u00eatre une satire d\u00e9guis\u00e9e en com\u00e9die. Une \u0153uvre fantastique avant l&rsquo;heure par certains c\u00f4t\u00e9s. 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