{"id":430,"date":"2015-02-16T23:49:01","date_gmt":"2015-02-16T23:49:01","guid":{"rendered":"http:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/?p=430"},"modified":"2015-08-22T21:03:11","modified_gmt":"2015-08-22T21:03:11","slug":"tristan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/tristan\/","title":{"rendered":"Tristan"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Ce jour-l\u00e0, Tristan s&rsquo;\u00e9tait une nouvelle fois exil\u00e9 afin d&rsquo;oublier Iseut, celle qu&rsquo;il aimait malgr\u00e9 lui. Il \u00e9tait dans une retraite secr\u00e8te, loin des femmes qui, toutes, lui rappelaient par certains aspects celle qui lui manquait tant. Il regardait la nuit, et ses \u00e9toiles qui brillaient sans discontinuer depuis qu&rsquo;il \u00e9tait n\u00e9 et qui brilleraient encore lorsque son nom ne serait plus prononc\u00e9 par aucune voix. Ses yeux accoutum\u00e9s \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9 se pos\u00e8rent sur l&rsquo;\u00e2tre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui.<br \/>\nSa vision se remplit de lumi\u00e8re. Ces flammes qui dansaient, tellement brillantes, le renvoyaient devant la dame de son c\u0153ur, sans qu&rsquo;elle ne soit l\u00e0. Il croyait pouvoir sentir son odeur de cannelle et de camphre. Il croyait pouvoir la serrer dans ses bras et joindre ses l\u00e8vres aux siennes. Il croyait pouvoir entendre son rire, doux comme le chant des oiseaux qu&rsquo;on entend que l\u00e0-bas, o\u00f9 le soleil brille plus longtemps et plus fort qu&rsquo;en nos contr\u00e9es. Il essaya de se jeter sur elle mais ne put y parvenir. Ce qu&rsquo;il avait pris pour l&rsquo;\u00e9tincelle de son regard, ce n&rsquo;\u00e9tait que le feu qui br\u00fblait en face de lui, dont les flammes dansaient sans le r\u00e9chauffer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car malgr\u00e9 tous les v\u0153ux de Tristan, son amante n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e0. Elle se trouvait \u00e0 mille lieues de lui. Elle aussi pleurait d&rsquo;\u00eatre loin de celui qu&rsquo;elle aimait. Elle revenait du souper, lors duquel elle avait \u00e9t\u00e9 assise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un homme qu&rsquo;elle n&rsquo;aimait pas mais \u00e0 qui elle avait \u00e9t\u00e9 mari\u00e9e. Apr\u00e8s le repas, elle \u00e9tait all\u00e9 pleurer dans sa chambre, pleurant sur son sort et sa vie, faite de chagrin. Elle \u00e9tait loin de Tristan et ne se sentait pas vivre. Il n&rsquo;y avait que lorsqu&rsquo;il \u00e9tait \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9, lorsqu&rsquo;il \u00e9tait assez proche pour qu&rsquo;elle sente son souffle chaud contre son cou, qu&rsquo;elle \u00e9tait parfaitement heureuse.<br \/>\nLes deux amants s\u00e9par\u00e9s versaient des larmes froides qui allaient s&rsquo;\u00e9craser sur le sol tandis qu&rsquo;ils maudissaient le philtre qui les avait li\u00e9s \u00e0 jamais. Alors qu&rsquo;ils poussaient au m\u00eame moment, \u00e0 tant de lieues de distance, un soupir si profond qu&rsquo;ils \u00e9taient pr\u00eats d&rsquo;en mourir, les gouttes salines se mirent \u00e0 briller d&rsquo;une lumi\u00e8re p\u00e2line. Dans cette lumi\u00e8re se forma une silhouette fantastique qui se dressa devant chacun d&rsquo;eux. Tr\u00e8s lentement, elle les salua d&rsquo;une courte r\u00e9v\u00e9rence et se redressa, semblant attendre.<br \/>\nAu m\u00eame moment, Tristan et Iseut eurent ces m\u00eames mots\u00a0:<br \/>\n&#8211; Qui \u00eates-vous\u00a0?<br \/>\n&#8211; Je suis celle que vous avez convoqu\u00e9 par vos pleurs, vous qui \u00eates li\u00e9s par la magie des amants. Je suis celle qui se trouve au bord du monde et qui peux tout, gr\u00e2ce \u00e0 la magie des mots que l&rsquo;on prononce \u00e0 voix haute et \u00e0 voix basse. Je suis celle derri\u00e8re les murmures et les cris. Je suis le silence et le bruit. Je suis celle aux mille noms dont aucun n&rsquo;est jamais prononc\u00e9. Je suis celle qui a le pouvoir de vous gu\u00e9rir du mal qui vous ronge, si vous le voulez.<br \/>\n&#8211; Comment\u00a0?<br \/>\n&#8211; Il n&rsquo;existe pas de sortil\u00e8ge que l&rsquo;on ne peut briser. Pour vaincre celui-ci, il me faut les larmes que vous versez sur votre malheur, mais \u00e9galement des mots puissants. Vous les trouverez en vous, attendant d&rsquo;\u00eatre dits. Il suffit qu&rsquo;ils jaillissent dans l&rsquo;air pour mettre fin \u00e0 cet amour et ce qu&rsquo;il vous apporte. Cherchez-les et ils vous viendront.<br \/>\nQuelques secondes passent tandis que la Terre s&rsquo;arr\u00eate de tourner. Puis\u00a0:<br \/>\n&#8211; Je veux que cette souffrance cesse\u00a0!<br \/>\nSit\u00f4t les mots eurent \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9s, la femme disparut en s&rsquo;effa\u00e7ant du monde, comme un long r\u00eave qui se dissipe dans les brumes du matin. Les deux \u00eatres avaient dans les mains une fiole de verre remplie d&rsquo;un liquide transparent. L&rsquo;objet scintillait entre leurs mains. D&rsquo;un m\u00eame geste, ils l&rsquo;ouvrirent et le port\u00e8rent \u00e0 leur bouche. Cela avait un go\u00fbt amer, comme un regret qu&rsquo;on n&rsquo;avoue pas. La derni\u00e8re goutte s&rsquo;\u00e9coula et tous deux s&rsquo;effondr\u00e8rent au m\u00eame instant.<br \/>\nIls \u00e9taient enfin lib\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques temps plus tard, un homme marchait dans le paysage d\u00e9vast\u00e9 du bord du monde. Il titubait, tr\u00e9buchait et tremblait. Il avait le visage crasseux et portait une barbe grise de salet\u00e9. Ses yeux se perdaient en dedans-lui, comme s&rsquo;il \u00e9tait aveugle \u00e0 ce qui l&rsquo;entourait. Par miracle, il atteignit une maison et se tint devant la porte. Il n&rsquo;avait plus la force de frapper et restait l\u00e0 \u00e0 fixer ce dernier obstacle qu&rsquo;il ne parvenait pas \u00e0 franchir. Finalement, il se laissa tomber et s&rsquo;adossa au bois. La t\u00eate dans ses mains, il commen\u00e7a \u00e0 pleurer doucement, comme la pluie commence \u00e0 tomber. Et comme celle-ci annonce parfois le tonnerre, il se mit \u00e0 rugir des mots sans consonnes. Le cri se termina en sanglot et il resta ainsi sans plus bouger.<br \/>\nLe soleil d\u00e9clinait et couvrait les landes infinies d&rsquo;une lumi\u00e8re d&rsquo;or. L&rsquo;\u0153il dans le vague, l&rsquo;homme restait sans bouger. Une derni\u00e8re larme vint perler au coin de son \u0153il, puis rouler le long de ses joues creus\u00e9es par le passage de milliers de semblables. Elle se perdit dans les poils de sa barbe puis alla finir sa course sur le sol.<br \/>\nUne silhouette se tenait d\u00e9sormais en face de Tristan. C&rsquo;\u00e9tait la m\u00eame que celle qui s&rsquo;\u00e9tait dress\u00e9e jadis devant lui pour mettre fin \u00e0 son tourment. Il la vit et articula quelques mots\u00a0:<br \/>\n&#8211; Rendez-moi&#8230;<br \/>\n&#8211; Te rendre quoi, vieux fou\u00a0?<br \/>\n&#8211; Ce sentiment que vous m&rsquo;avez pris et qui me rendait vivant&#8230; Malgr\u00e9 toutes les \u00e9preuves que j&rsquo;ai travers\u00e9es, malgr\u00e9 toutes les peines et toutes les tristesses que j&rsquo;ai v\u00e9cues, cet amour me faisait avancer. C&rsquo;\u00e9tait un soleil qui, s&rsquo;il me br\u00fblait la peau et m&rsquo;aveuglait parfois, me r\u00e9chauffait le c\u0153ur et le corps, et qui me permettait de voir les couleurs du monde. Aujourd&rsquo;hui, il fait nuit et je ne vois plus rien et j&rsquo;ai froid et j&rsquo;ai peur que la nuit continue jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de ma vie.<br \/>\n\u00ab\u00a0Apr\u00e8s que j&rsquo;ai bu le breuvage que vous m&rsquo;avez donn\u00e9, j&rsquo;ai senti mon amour pour elle s&rsquo;effacer de mon \u00eatre. J&rsquo;ai voulu la revoir. Pour en \u00eatre s\u00fbr. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la cour de mon oncle, le roi Marc, et je l&rsquo;ai vue. Elle n&rsquo;\u00e9tait plus rien pour moi et je n&rsquo;\u00e9tais plus rien pour elle. J&rsquo;en ai \u00e9prouv\u00e9 une grande joie et je m&rsquo;en suis all\u00e9.<br \/>\n\u00ab\u00a0Et c&rsquo;est l\u00e0 que je me suis rendu compte du grand vide qu&rsquo;il y avait d\u00e9sormais en moi et que rien ne pouvait combler. Je n&rsquo;\u00e9tais plus que la moiti\u00e9 de moi-m\u00eame. Peu \u00e0 peu, j&rsquo;ai perdu le go\u00fbt de la vie. Maintenant que mes pens\u00e9es n&rsquo;\u00e9taient plus tourn\u00e9es vers elle, elles se dirigeaient vers le n\u00e9ant d&rsquo;une vie sans elle. J&rsquo;ai vu ces t\u00e9n\u00e8bres et la folie s&rsquo;est empar\u00e9e de moi. Je ne me souviens de rien si ce n&rsquo;est d&rsquo;avoir march\u00e9 sans m&rsquo;arr\u00eater pour vous retrouver et refaire ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fait.\u00a0\u00bb<br \/>\nLa femme rit doucement, d&rsquo;un rire si lent, \u00e0 glacer les sangs.<br \/>\n&#8211; Le philtre que je t&rsquo;ai donn\u00e9 ne contenait aucune magie, Tristan\u00a0! Tout comme celui que vous aviez bu ensemble sur le bateau qui vous ramenait \u00e0 ton oncle Marc. Il n&rsquo;\u00e9tait rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un pr\u00e9texte dont vous vous \u00eates saisis. Quand vous m&rsquo;avez convoqu\u00e9e, je vous ai donn\u00e9 la libert\u00e9. Tu aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 vivre malheureux, dans l&rsquo;espoir que la mort vous d\u00e9livre\u00a0? Tu es terrifi\u00e9 par cette libert\u00e9.<br \/>\n\u00ab\u00a0Tu as fix\u00e9 le soleil trop longtemps et tu es \u00e9bloui et tu as peur. Mais il ne fait pas nuit sur ton c\u0153ur. Pas encore. Tu peux encore rallumer en toi ces feux qui \u00e9cartent l&rsquo;obscurit\u00e9.<br \/>\n\u00ab\u00a0Quoi que tu d\u00e9cides, cette d\u00e9cision est tienne, maintenant.\u00a0\u00bb<br \/>\nEt la femme s&rsquo;\u00e9vapora dans les derniers rayons du soleil. La nuit tombait sur Tristan qui \u00e9tait seul et qui regardait la nuit, et ses \u00e9toiles qui brillaient sans discontinuer depuis qu&rsquo;il \u00e9tait n\u00e9 et qui brilleraient encore lorsque son nom ne serait plus prononc\u00e9 par aucune voix.<\/p>\n<p class=\"wp-flattr-button\"><a class=\"FlattrButton\" style=\"display:none;\" href=\"https:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/tristan\/\" title=\" Tristan\" rev=\"flattr;uid:Alexis_Ids;language:fr_FR;category:text;tags:Amour,Iseut,Magie,Mots,Nuit,Tristan,blog;popout:0;button:compact;\">Ce jour-l\u00e0, Tristan s&rsquo;\u00e9tait une nouvelle fois exil\u00e9 afin d&rsquo;oublier Iseut, celle qu&rsquo;il aimait malgr\u00e9 lui. 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