{"id":426,"date":"2015-01-14T00:52:19","date_gmt":"2015-01-14T00:52:19","guid":{"rendered":"http:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/?p=426"},"modified":"2015-08-22T21:04:55","modified_gmt":"2015-08-22T21:04:55","slug":"tempus-fugit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/tempus-fugit\/","title":{"rendered":"Tempus fugit"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">On nous a annonc\u00e9 le retour du temps.<br \/>\nCela veut dire que, ce soir, le monde va reprendre sa respiration, apr\u00e8s un long moment d&rsquo;arr\u00eat. Le soleil s&rsquo;est lev\u00e9 et couch\u00e9 de nombreuses fois sans qu&rsquo;aucune nouvelle ne nous parvienne. Mais c&rsquo;est pour tr\u00e8s bient\u00f4t, dit-on. Sans que personne ne l&rsquo;ait annonc\u00e9, la rumeur court sur tous les continents, \u00e0 la vitesse du son. C&rsquo;est comme si le temps s&rsquo;annon\u00e7ait de lui-m\u00eame.<!--more-->Il faut dire que, dans les villes comme dans les campagnes, tout le monde attend. Partout sur Terre, plus personne ne travaille, ou presque. Les commerces sont ferm\u00e9s. Les industries sont au point mort. Les administrations ne fonctionnent plus. Seuls les services d&rsquo;urgence r\u00e9pondent encore \u00e0 l&rsquo;appel. Et encore. Dans les rues, on entend parfois une ambulance partir en trombe. Mais la plupart du temps, rien. Les gens restent chez eux, se nourrissant de conserves et autres aliments achet\u00e9s dans les derniers jours de l&rsquo;ancien temps. Tout le monde sentait bien que les derniers instants approchaient. Les derniers battements sonnaient \u00e9trangement, comme annon\u00e7ant leur propre fin.<br \/>\nJe me l&rsquo;imaginais alors vieux et fatigu\u00e9, couverts de rides. Immobile, dans son lit, en train de regarder la t\u00e9l\u00e9vision, en train de regarder par la fen\u00eatre dehors, le monde ext\u00e9rieur, il ne bougeait plus ou presque. Il vivait en regardant les autres vivre. Il regardait surement passer le temps, un autre que lui. Pour lui, les journ\u00e9es devaient s&rsquo;\u00e9tirer sans fin, se ressemblant chacune les unes les autres. D&rsquo;ailleurs, nos journ\u00e9es aussi se faisaient trop longues. Comme si un poids nous ralentissait dans nos actions.<br \/>\nQuand je suis n\u00e9, le temps \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 bien avanc\u00e9. Il est plus vieux que mes parents, de ce que j&rsquo;ai compris. Pas \u00e9tonnant que je ne m&rsquo;y sois jamais identifi\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait un temps dans lequel je ne me reconnaissais pas, comme s&rsquo;il appartenait \u00e0 quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre. Il allait sur un rythme que j&rsquo;avais appris \u00e0 suivre mais auquel j&rsquo;aurais voulu \u00e9chapper. Un autre temps auquel je n&rsquo;appartenais pas. Auquel je n&rsquo;appartiendrais jamais. Je me sentais alors \u00e9tranger \u00e0 la vie de l&rsquo;\u00e9poque. Comme rejet\u00e9 hors du temps.<br \/>\nIl est mort, maintenant, ce temps-l\u00e0. Je ne le reconnais plus, il fait partie du pass\u00e9. Tandis que j&rsquo;attends l&rsquo;av\u00e8nement du temps nouveau, je songe \u00e0 toute cette vie r\u00e9volue. Les bonheurs et les malheurs. Les jours et les nuits, innombrables, qui se sont succ\u00e9d\u00e9es. La vie qui s&rsquo;est \u00e9gren\u00e9e bon temps mal temps. Tout \u00e7a selon le rythme d&rsquo;un c\u0153ur, enregistr\u00e9 et diffus\u00e9 partout dans le monde, anonyme et pourtant connu de tous. Aujourd&rsquo;hui, ayant cess\u00e9 de battre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me rends compte que j&rsquo;ai les yeux perdus dans le vague. Je me r\u00e9veille et cligne avant de concentrer mon regard sur le feu qui commence doucement \u00e0 s&rsquo;\u00e9teindre dans l&rsquo;\u00e2tre. Je me redresse \u00e0 moiti\u00e9 dans le fauteuil, comme si j&rsquo;attendais quelque chose sans trop savoir quoi.<br \/>\nEnfin, dans les baffles du salon r\u00e9sonnent la premi\u00e8re seconde. Elle est tellement belle, cette seconde. D\u00e9j\u00e0 pass\u00e9e sans que je m&rsquo;en rende compte. Je crois l&rsquo;avoir perdue, mais c&rsquo;est encore elle qui retentit apr\u00e8s elle-m\u00eame. Ensemble, elles forment les premiers battements. Ils vont vite. J&rsquo;ai de la peine \u00e0 les suivre, difficile \u00e0 les compter. Mais au bout d&rsquo;un instant, j&rsquo;arr\u00eate de m&rsquo;y int\u00e9resser. Ce battement, c&rsquo;est la vie qui bat.<br \/>\nD\u00e9j\u00e0, le temps file \u00e0 toute vitesse et il faut se d\u00e9p\u00eacher. La journ\u00e9e sera courte aujourd&rsquo;hui. Les prochaines le seront aussi, certainement. Je sors de ma torpeur et pose un pied dehors. Le soleil est bas sur l&rsquo;horizon, mais il fait bon, dans la chaleur d&rsquo;une fin de printemps. Je respire pour la premi\u00e8re fois, comme si c&rsquo;\u00e9tait moi qui venait de naitre \u00e0 la vie.<br \/>\nAutour de moi, les voisins sont sortis aussi. Je les regarde. Ils sourient, sans doute autant que, moi, je souris. Le battement est partout, omnipr\u00e9sent. Il est \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la maison que je quitte, mais aussi dans les rues, et surtout en moi. Pas besoin de l&rsquo;entendre pour le sentir au bout de mes doigts.<br \/>\nAu loin, j&rsquo;entends les premiers feux d&rsquo;artifice qui \u00e9clatent dans l&rsquo;air. Ce nouveau temps \u00e0 quelque chose de magnifique que je n&rsquo;ai jamais connu. Autour de moi, la ville se r\u00e9veille elle aussi. De plus en plus de p\u00e9tards commencent \u00e0 jouer un air de musique discordant et harmonieux \u00e0 la fois. Le brouhaha des discussions enfle comme une vapeur que l&rsquo;on aurait comprim\u00e9e trop longtemps.<br \/>\nC&rsquo;est un monde nouveau que je d\u00e9couvre, avec les premi\u00e8res minutes. La saveur de l&rsquo;air est particuli\u00e8rement douce. Elle m&rsquo;enivre tandis que je marche pour la premi\u00e8re fois dans ses rues renouvel\u00e9es.<br \/>\nIl va falloir faire vite. Le temps commence seulement \u00e0 s&rsquo;\u00e9couler, mais il file. Il va vite. Il s&rsquo;agit de ne pas en perdre un instant. Pour l&rsquo;avoir vu mourir, je sais qu&rsquo;il est trop pr\u00e9cieux. Apr\u00e8s tout, chaque seconde qui passe ne reviendra pas. Mais que \u00e7a ne nous emp\u00eache de vivre chacune d&rsquo;entre elle comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait de la seule, comme si elle ne devait jamais \u00eatre suivie d&rsquo;aucune autre. Comme si chaque battement de c\u0153ur devait durer toute une vie.<br \/>\nCe soir, je n&rsquo;ai pas sommeil. Je dormirai plus tard, quand je me sentirai plus vieux.<\/p>\n<p class=\"wp-flattr-button\"><a class=\"FlattrButton\" style=\"display:none;\" href=\"https:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/tempus-fugit\/\" title=\" Tempus fugit\" rev=\"flattr;uid:Alexis_Ids;language:fr_FR;category:text;tags:Temps,blog;popout:0;button:compact;\">On nous a annonc\u00e9 le retour du temps. Cela veut dire que, ce soir, le monde va reprendre sa respiration, apr\u00e8s un long moment d&rsquo;arr\u00eat. Le soleil s&rsquo;est lev\u00e9 et...<\/a><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On nous a annonc\u00e9 le retour du temps. Cela veut dire que, ce soir, le monde va reprendre sa respiration, apr\u00e8s un long moment d&rsquo;arr\u00eat. Le soleil s&rsquo;est lev\u00e9 et couch\u00e9 de nombreuses fois sans qu&rsquo;aucune nouvelle ne nous parvienne. Mais c&rsquo;est pour tr\u00e8s bient\u00f4t, dit-on. 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