{"id":343,"date":"2014-02-23T01:47:32","date_gmt":"2014-02-23T01:47:32","guid":{"rendered":"http:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/?p=343"},"modified":"2015-08-23T12:30:44","modified_gmt":"2015-08-23T12:30:44","slug":"la-source-imbue-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/la-source-imbue-2\/","title":{"rendered":"La Source Imbue (deuxi\u00e8me partie)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Sous les \u00e9paisses frondaisons, dans cette for\u00eat sombre o\u00f9 ne per\u00e7aient aucun rayon, tous les sons et bruits \u00e9taient en m\u00eame temps \u00e9touff\u00e9s et amplifi\u00e9s. Dans la lumi\u00e8re d&rsquo;ambre, le fr\u00e9missement de branches d\u00e9rang\u00e9es par un animal en fuite prenait des allures d&rsquo;arm\u00e9e en campagne. Le plus petit chant d&rsquo;oiseau devenait un murmure angoissant.<br \/>\nCela faisait des heures que le chevalier avait quitt\u00e9 la maison du vieux seigneur. Peut-\u00eatre m\u00eame des jours. Le temps lui-m\u00eame s&rsquo;alentissait, comme pris dans la s\u00e8ve. L&rsquo;horizon \u00e9tait barr\u00e9 de multitudes d&rsquo;arbres. Le monde se r\u00e9sumait d\u00e9sormais \u00e0 des verticales. Pour Od, habitu\u00e9 aux grandes \u00e9tendues, c&rsquo;\u00e9tait autant de barreaux \u00e0 la fen\u00eatre de son regard.<br \/>\nC&rsquo;\u00e9tait une for\u00eat ancienne\u00a0; pas un de ces bosquets que l&rsquo;on trouve de nos jours dans nos r\u00e9gions. Inconsciemment, on comprenait que l&rsquo;\u00eatre humain n&rsquo;avait pas ici son mot \u00e0 dire. Tout \u00e9chappait ici \u00e0 la compr\u00e9hension\u00a0: s&rsquo;il existait un ordre, il n&rsquo;ob\u00e9issait \u00e0 aucune loi connue.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le chemin \u00e9tait un de ces chemins qui se veulent de terre mais qui ne sont que de boue. Des ronces, des flaques d&rsquo;eau grouillante, des troncs d&rsquo;arbres abattus ponctuaient chacun leur tour le sentier. Loin du soleil, il y faisait froid et humide. Lorsque l&rsquo;on respirait, on gardait un go\u00fbt \u00e9trange de terre mouill\u00e9e et de bois en bouche\u00a0: une odeur de vie et de mort. On entendait, \u00e0 une distance \u00e0 la fois proche et lointaine, le tumulte d&rsquo;une rivi\u00e8re.<br \/>\nBient\u00f4t, l&rsquo;obscurit\u00e9 devint plus \u00e9paisse encore. Il fallu chercher un endroit o\u00f9 s&rsquo;installer, et de quoi manger. Son \u00e9cuyer trouva en bord de chemin un cercle de quelques m\u00e8tres d\u00e9pourvu d&rsquo;arbres. Rapidement, quelques toiles furent tendues, pour les prot\u00e9ger de la ros\u00e9e, et un espace fut am\u00e9nag\u00e9 pour le feu. Od, d\u00e9v\u00eatu de son armure et ayant mang\u00e9, s&rsquo;allongea dans le creux que formaient les racines d&rsquo;un arbre centenaire.<br \/>\nAssis pr\u00e8s du feu, il n&rsquo;avait pas froid. Pourtant, il tremblait parfois. \u00c0 travers le feuillage, il vit appara\u00eetre la Lune. Elle d\u00e9croissait d\u00e9j\u00e0, mais illuminait toujours la nuit de sa clart\u00e9. Un peu plus loin du campement, des \u00eelots argent\u00e9s fendaient l&rsquo;opacit\u00e9 de la nuit. Tout en scrutant les t\u00e9n\u00e8bres sans y pouvoir distinguer la moindre forme, le jeune homme sentit ses paupi\u00e8res se fermer et ses pens\u00e9es s&rsquo;ensommeiller.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jour suivant se passa comme le pr\u00e9c\u00e9dent. Il n&rsquo;y avait rien d&rsquo;autre que la for\u00eat, ce monde immense et compact, qui ne s&rsquo;achevait que pour laisser place \u00e0 de nouvelles \u00e9tendues d&rsquo;arbres. Comme si cet univers ne finissait que dans lui-m\u00eame. S&rsquo;il n&rsquo;y avait pas eu le chemin et ses sinuosit\u00e9s chaque fois renouvel\u00e9es, le chevalier aurait pu douter qu&rsquo;il avan\u00e7\u00e2t.<br \/>\nChaque nuit, il attendait que la Lune, d\u00e9j\u00e0 en son dernier quartier, se l\u00e8ve pour enfin pouvoir s&rsquo;endormir. Chaque nuit, elle se levait plus tard. En l&rsquo;attendant, son esprit se peuplait de pens\u00e9es.<br \/>\n&#8211; La nuit est l\u00e0, F\u00e9. On dirait un voile. Dans cette nuit si \u00e9paisse, j&rsquo;ai l&rsquo;impression que le monde dispara\u00eet. Il n&rsquo;y a plus rien que ces t\u00e9n\u00e8bres qui recouvrent tout. Oh, il y a bien quelques \u00e9toiles qui brillent au-dessus de nous, mais je ne les trouve pas d&rsquo;un grand secours. Au contraire, elles font basculer le monde. Lorsque je regarde cette vo\u00fbte constell\u00e9e, j&rsquo;ai l&rsquo;impression que je vais tomber et me perdre dans l&rsquo;infini. Lorsque je le regarde, ce d\u00f4me parsem\u00e9, je me dis que les forces qui me tiennent \u00e0 la terre sont si t\u00e9nues que je pourrais glisser pour ne jamais revenir.<br \/>\n\u00ab\u00a0La nuit est l\u00e0, F\u00e9. Et elle m&rsquo;observe. Les \u00e9toiles m&rsquo;observent, mais aussi les ombres tout autour de moi. Je sens leurs yeux sur moi, comme un poids sur mon \u00e2me. Elle est vivante, cette nuit. Habit\u00e9e de r\u00eaves et de cauchemars. Elle grouille d&rsquo;esprits et d&rsquo;espoirs. Elle rec\u00e8le des secrets que nul ne veut conna\u00eetre. Elle est partout autour de moi, pr\u00eate \u00e0 me toucher et \u00e0 m&#8217;emmener avec elle.<br \/>\n\u00ab\u00a0La nuit est l\u00e0, F\u00e9. Le vent qui souffle dans les arbres efface tout ce qui a jamais exist\u00e9 pendant le jour. Il cherche m\u00eame \u00e0 \u00e9teindre les braises du feu afin qu&rsquo;il n&rsquo;y ait plus rien ici-bas que le n\u00e9ant. Je sens ses caresses glac\u00e9es, et je ne sais pas si je frissonne \u00e0 cause du froid ou \u00e0 cause de cette peur qu&rsquo;il porte avec lui\u00a0: la crainte qu&rsquo;il apprenne quelque mauvaise nouvelle de ceux qui me sont chers.<br \/>\n\u00ab\u00a0La nuit est l\u00e0, F\u00e9. Je ne dois pas avoir peur. Un chevalier est un \u00eatre de lumi\u00e8re envoy\u00e9 par Dieu pour faire reculer l&rsquo;obscurit\u00e9. Et pourtant&#8230; Pourtant, c&rsquo;est une hydre, cet ennemi que l&rsquo;on doit combattre. Qu&rsquo;importe les coups d&rsquo;\u00e9p\u00e9e\u00a0: la B\u00eate se rel\u00e8vera toujours. Et lorsque je ne serai plus, les t\u00e9n\u00e8bres, eux, seront toujours l\u00e0. Lorsque ma flamme sera \u00e9teinte, que restera-t-il de moi\u00a0? Au mieux, une chanson. Mais les chansons ne servent \u00e0 rien face au silence de la nuit. Il ne restera rien, disent ces chansons&#8230;<br \/>\n\u00ab\u00a0La nuit est l\u00e0, F\u00e9. Je n&rsquo;ai pas peur, mais cette main noire serre mon c\u0153ur. Je le sens qui palpite. Il cogne en moi comme on frappe \u00e0 une porte. Je n&rsquo;ai pas peur, mais il y a l\u00e0-bas tout et rien. Et je ne sais pas comment combattre ces deux d\u00e9mons.\u00a0\u00bb<br \/>\nEt cela durait jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la Lune se l\u00e8ve, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le chevalier s&rsquo;endorme, parfois une larme lui perlant \u00e0 l&rsquo;\u0153il. Et jamais l&rsquo;\u00e9cuyer, endormi, ne r\u00e9pondait \u00e0 ces longs monologues nocturnes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, au bout du douzi\u00e8me jour, alors que le soir commen\u00e7ait \u00e0 poindre, le chevalier et son serviteur virent les arbres se clairsemer enfin, laissant place \u00e0 une clairi\u00e8re au centre de laquelle se dressait quelques b\u00e2tisses. Ils arriv\u00e8rent devant la porte de la plus grande des habitations et frapp\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;huis. Un homme plus \u00e9pais que haut leur ouvrit. Son visage se perdait dans une masse de cheveux et de barbe ch\u00e2tain d&rsquo;o\u00f9 jaillit une voix aux accents rudes.<br \/>\n&#8211; Je vous souhaite la bienvenue, chevalier. Que puis-je faire pour vous\u00a0?<br \/>\n&#8211; Le g\u00eete pour la nuit, ainsi qu&rsquo;une place autour du feu pour ce soir, si cela est possible.<br \/>\n&#8211; Je peux vous h\u00e9berger, oui. Mais il faut que vous sachiez que cela pourrait s&rsquo;av\u00e9rer dangereux. La lune est finissante, ces jours-ci&#8230;<br \/>\nOn pria Od d&rsquo;entrer et on lui conta l&rsquo;histoire \u00e9trange dont les lieux \u00e9taient t\u00e9moin.<br \/>\n&#8211; Chaque mois, lorsque la Lune est finissante, un homme de magie et sa compagnie viennent piller le peu que nous avons. Durant trois jours, ils viennent et repartent avec nos richesses. Le premier soir, ils prennent la nourriture. Le deuxi\u00e8me soir, ils prennent l&rsquo;argent. Le troisi\u00e8me soir, ils prennent l&rsquo;alcool. La seule fois que nous avons eu la malheur de r\u00e9sister, ils ont mis \u00e0 sac notre hameau et enlev\u00e9 trois enfants, afin que ne nous vienne pas l&rsquo;id\u00e9e de recommencer.<br \/>\nEn disant cela, le chef de maison laissait s&rsquo;\u00e9chapper quelques sanglots. Le chevalier, \u00e9mu par la d\u00e9tresse de cet homme, promit de faire tout ce qu&rsquo;il pouvait pour mettre fin \u00e0 cette situation en d\u00e9fiant le mage.<\/p>\n<p class=\"wp-flattr-button\"><a class=\"FlattrButton\" style=\"display:none;\" href=\"https:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/la-source-imbue-2\/\" title=\" La Source Imbue (deuxi\u00e8me partie)\" rev=\"flattr;uid:Alexis_Ids;language:fr_FR;category:text;tags:Chevalier,Lune,Od,blog;popout:0;button:compact;\">Sous les \u00e9paisses frondaisons, dans cette for\u00eat sombre o\u00f9 ne per\u00e7aient aucun rayon, tous les sons et bruits \u00e9taient en m\u00eame temps \u00e9touff\u00e9s et amplifi\u00e9s. Dans la lumi\u00e8re d&rsquo;ambre, le...<\/a><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sous les \u00e9paisses frondaisons, dans cette for\u00eat sombre o\u00f9 ne per\u00e7aient aucun rayon, tous les sons et bruits \u00e9taient en m\u00eame temps \u00e9touff\u00e9s et amplifi\u00e9s. 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