{"id":259,"date":"2012-11-15T23:09:07","date_gmt":"2012-11-15T23:09:07","guid":{"rendered":"http:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/?p=259"},"modified":"2015-08-23T12:38:30","modified_gmt":"2015-08-23T12:38:30","slug":"maux-doux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/maux-doux\/","title":{"rendered":"Maux Doux"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Il y a des signes qui ne trompent pas. Les jours raccourcissent. Les feuilles tombent aux arbres. Les corps se couvrent de couches innombrables de v\u00eatements et imaginent mille autres choses pour se r\u00e9chauffer. Les peaux disparaissent \u00e0 la vue et l&rsquo;on n&rsquo;aper\u00e7oit plus qu&rsquo;\u00e0 peine une paire d&rsquo;yeux coinc\u00e9e entre le bord d&rsquo;un bonnet et les plis d&rsquo;une \u00e9charpe. Les paroles s&rsquo;\u00e9chappent en nuages \u00e9vanescents.<br \/>\nLe froid belge est particulier. En plus de tout ce que j&rsquo;ai pu ressentir lors de quelques voyages, il y a ce vent que notre paysage sinueux freine si peu. Il rend les choses plus ac\u00e9r\u00e9es et donne une saveur particuli\u00e8re \u00e0 l&rsquo;air que l&rsquo;on respire. Les larmes en viennent aux yeux. Et il y a aussi cette humidit\u00e9 qui s&rsquo;infiltre jusqu&rsquo;aux os en gorgeant les c\u0153urs. Il y a des \u00e9pices rares qui appellent au voyage. Et pour ceux qui ne peuvent pas partir, il reste toujours les plaisirs que procurent un lit recouvert de couches \u00e9paisses de tissus. Et pour ceux qui ont le malheur de se lever t\u00f4t, il ne reste plus qu&rsquo;\u00e0 attendre le printemps qu&rsquo;ils vivront alors comme une d\u00e9livrance.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Moi, tout au long de ces jours ennuy\u00e9s, je me laisse parcourir par des maux doux.<br \/>\nCe ne sont pas les p\u00e9ch\u00e9s capitaux, non. Ce ne sont pas des vices meurtriers. Je ne risque pas grand chose \u00e0 les laisser grandir en moi. Ce ne sont pas des fauves comme la Luxure ou la Gourmandise. Elles ne tueront pas comme l&rsquo;Envie, l&rsquo;Avarice, l&rsquo;Orgueil ou la Col\u00e8re. Elles sont les rejetons presqu&rsquo;inoffensifs de la Paresse. Ce sont de petites b\u00eates inoffensives. Elles ne sont pas bien m\u00e9chantes et, m\u00eame, elles m&rsquo;enchantent. Je les nourris bien volontiers d&rsquo;id\u00e9es inachev\u00e9es, de brouillons de pens\u00e9e. En retour, elles me tiennent chaud durant ces froides soir\u00e9es o\u00f9 l&rsquo;automne installe ce tapis rouge et d&rsquo;or sur lequel l&rsquo;hiver triomphant marchera d&rsquo;ici peu. Elles m&rsquo;immobilisent. Je me fige dans le temps et l&rsquo;espace. Je me fais leur h\u00f4te et les nourris de quelques soupirs le soir, d&rsquo;une poign\u00e9e de respirations de plus le matin, d&rsquo;un b\u00e2illement l&rsquo;apr\u00e8s-midi.<br \/>\nQuand je somnole, elles sont l\u00e0. Quand je m&rsquo;ennuie, elles sont l\u00e0. Quand je me renferme, elles ont la main sur la poign\u00e9e de porte. Elles m&rsquo;observent toujours avec un sourire l\u00e9ger comme un battement de cils.<br \/>\nElles, ce sont la langueur, la distraction et la nonchalance.<br \/>\nLangueur me fait regretter les temps pass\u00e9s, surtout ceux que je n&rsquo;ai pas connus et dont le temps a effac\u00e9 tous les d\u00e9fauts, si bien qu&rsquo;ils me semblent purs. Le passage du temps laisse une patine qui rend beaux m\u00eame les \u00e9v\u00e9nements les plus laids. Elle s&rsquo;allie parfois \u00e0 la m\u00e9lancolie sans en prendre les d\u00e9fauts. Ce qu&rsquo;elle me fait voir n&rsquo;est pas le pass\u00e9 mais une sorte d&rsquo;image fantasm\u00e9e et magique. Elle anesth\u00e9sie le jugement plus efficacement encore que la t\u00e9l\u00e9vision. Elle me met dans un \u00e9tat d&rsquo;esprit qu&rsquo;on pourrait penser mystique. Pourtant, elle ne fait qu&rsquo;occulter une partie de mon jugement pour que la r\u00e9alit\u00e9 m&rsquo;apparaisse simplifi\u00e9e.<br \/>\nDistraction estompe les temps pr\u00e9sents. Il dresse une barri\u00e8re entre moi et le monde ext\u00e9rieur. Le court terme se fond en un n\u00e9ant improbable auquel je cesse de songer. Elle pr\u00e9f\u00e8re concentrer mon attention sur les d\u00e9tails inutiles qui font la vie. Elle annihile tout stress. Elle dissous les l\u00e9g\u00e8res peurs du quotidien. C&rsquo;est comme si je me retrouvais d\u00e9connect\u00e9 du monde. Cette petite d\u00e9esse, ma pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, me plonge dans un oubli d\u00e9lectable. C&rsquo;est le r\u00e9veil qui fait mal.<br \/>\nNonchalance me cache les temps futurs. Elle retire de l&rsquo;attente un suc envo\u00fbtant, flatte doucement mon \u00e9go, engourdit mes sens et me met des \u0153ill\u00e8res \u00e0 l&rsquo;\u00e2me. Elle m&rsquo;est la plus dangereuse car elle sait comment me flatter et comment me faire perdre le sens des r\u00e9alit\u00e9s. Elle sait aussi utiliser mes faiblesses pour que j&rsquo;en vienne \u00e0 oublier volontairement le monde. Elle a compris que j&rsquo;essaie d&rsquo;avoir prise sur ce monde et que je n&rsquo;y arrive pas. Alors, dans les moments de solitude o\u00f9 j&rsquo;en viens \u00e0 me parler \u00e0 moi-m\u00eame, elle d\u00e9tourne mon attention et plonge mon esprit dans la fiction, me gorgeant d&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9s. La chose est d&rsquo;autant plus facile que mon quotidien se fait parfois r\u00e9p\u00e9titif. Ma conscience en devient alors fragile. Je m&rsquo;enfonce dans la ti\u00e9deur de mes pens\u00e9es. En apn\u00e9e. Je finis toujours par remonter. Toujours la surface m&rsquo;appelle. Jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 elle gagnera.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces trois maux m&rsquo;entravent. Ensemble, elles m&#8217;emp\u00eachent tout mouvement. Mais je prends mon mal en patience. C&rsquo;est le froid qui les renforce. C&rsquo;est dans l&rsquo;obscurit\u00e9 qu&rsquo;elles aiment grandir. Je sais qu&rsquo;elles dispara\u00eetront avec le retour du soleil. Les cultiver plus longtemps qu&rsquo;un simple hiver, ce serait prendre trop de risques pour ce qu&rsquo;elles apportent. Je sais que certains aimeraient vivre avec de pareilles amantes des ann\u00e9es durant. Le flou dont elles englobent tout est tellement d\u00e9licieux que j&rsquo;aimerais y go\u00fbter ind\u00e9finiment. Ce n&rsquo;est pas possible. Ce serait par trop malsain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;imagine une bulle o\u00f9 le temps s&rsquo;\u00e9coulerait plus lentement. Tout serait bien au-dedans. On aurait le temps de faire des milliers de choses. On pourrait passer plus de temps \u00e0 penser, \u00e0 oublier les petits tracas. On pourrait repousser les \u00e9ch\u00e9ances, ces insectes qui prennent un malin plaisir \u00e0 me tarauder. Je pourrais tout oublier sauf l&rsquo;essentiel. Je serais libre de penser pleinement \u00e0 des sujets qui me pr\u00e9occupent mais auxquels je ne puis pas m&rsquo;attarder. Mais comme rien ne dure en ce bas-monde, la bulle dans lequel j&rsquo;imagine pouvoir m&rsquo;enfermer \u00e9claterait un jour ou l&rsquo;autre. \u00c0 cet instant, le temps qui aurait \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart se ruerait dans l&rsquo;espace laiss\u00e9 si longtemps inoccup\u00e9 comme un torrent inarr\u00eatable. Il emporterait tout. Il reprendrait son d\u00fb. Ce n&rsquo;est pas la gravit\u00e9, la plus terrible des forces. De la gravit\u00e9, on peut se jouer. Certains s&rsquo;en affranchissent. Mais le temps.<br \/>\nOh\u00a0! Il s&rsquo;\u00e9coule lentement. Il glisse sur nous tous. Et parfois, durant ces soir\u00e9es d&rsquo;hiver si dures, je le laisse passer dans mon indiff\u00e9rence. Je m&rsquo;immobilise un instant. Je le laisse passer. Je sais qu&rsquo;il me rattrapera. Je le laisse passer. Et je m&rsquo;en fous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout avance. L&rsquo;immobilit\u00e9 n&rsquo;existe pas. Tout est changement. Je l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 dit\u00a0: je ne crois pas au changement. Je n&rsquo;y crois pas comme je ne crois pas \u00e0 l&rsquo;oxyg\u00e8ne. Je n&rsquo;y crois pas comme je crois \u00e0 la vie. Parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas besoin d&rsquo;y croire pour que cela existe. La foi n&rsquo;a rien \u00e0 voir dans ce processus sans \u00e2ge. Depuis le d\u00e9but, tout change. Jusqu&rsquo;\u00e0 la fin, tout changera. Le changement, c&rsquo;est toujours maintenant. Les choses changent d&rsquo;un instant \u00e0 l&rsquo;autre. Je ferme les yeux et tout a chang\u00e9 lorsque je les ouvre. Rien n&rsquo;est plus pareil, l&rsquo;univers entier a chang\u00e9. Il faut \u00eatre aveugle pour ne pas le remarquer. Il faut \u00eatre insensible pour ne pas s&rsquo;en rendre compte. Ou alors, c&rsquo;est juste qu&rsquo;on est trop habitu\u00e9 pour rien remarquer. Le vrai changement n&rsquo;a pas besoin de moi pour s&rsquo;accomplir. Il se fait indiff\u00e9remment de mon existence. Et pourtant, dans ce gigantesque fleuve le caillou que je suis fait changer le courant. Imperceptiblement. Personne ne remarque rien, pas m\u00eame moi, et pourtant je participe de ce changement \u00e9ternel.<\/p>\n<p class=\"wp-flattr-button\"><a class=\"FlattrButton\" style=\"display:none;\" href=\"https:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/maux-doux\/\" title=\" Maux Doux\" rev=\"flattr;uid:Alexis_Ids;language:fr_FR;category:text;tags:Bulle,Changement,Cycle,Distraction,Hiver,Langueur,Nonchalance,blog;popout:0;button:compact;\">Il y a des signes qui ne trompent pas. Les jours raccourcissent. Les feuilles tombent aux arbres. 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