{"id":212,"date":"2012-09-10T19:09:23","date_gmt":"2012-09-10T19:09:23","guid":{"rendered":"http:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/?p=212"},"modified":"2015-08-23T12:40:39","modified_gmt":"2015-08-23T12:40:39","slug":"prelude","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/prelude\/","title":{"rendered":"Pr\u00e9lude"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Il y a la terre. Il y a la mer. L\u00e0 o\u00f9 les deux se rejoignent, il y a le vent. Un vent d&rsquo;une force terrible, \u00e0 en arracher les rochers. La plage est grise. La mer est grise. Le ciel est gris. Le paysage forme un bloc compact. Sur une petite route de campagne, deux hommes sont habill\u00e9s de gris, m\u00eal\u00e9s au d\u00e9cor. Le premier est \u00e0 cheval. Le second suit \u00e0 pied. Le cheval est gris. Le cavalier porte une \u00e9p\u00e9e \u00e0 la ceinture. Dans le jour qui d\u00e9cline, le tableau qu&rsquo;ils dessinent semble monochrome. Le soleil se trouve derri\u00e8re des remparts de nuages \u00e9pais. Les couleurs ont d\u00e9sert\u00e9 ce monde. Il n&rsquo;existe plus qu&rsquo;une infinit\u00e9 de teintes de gris.<!--more--><br \/>\nIls atteignent un village : Tintagel. Ils passent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des touristes comme s&rsquo;ils \u00e9taient des fant\u00f4mes. Ils descendent la route qui m\u00e8ne \u00e0 la c\u00f4te. Ils avancent de ce pas cadenc\u00e9 qui est propre \u00e0 ceux qui savent qu&rsquo;ils arriveront t\u00f4t ou tard \u00e0 destination. La terre descend \u00e0 la rencontre de la mer o\u00f9 ils se m\u00e9langent. Le vent vient jusqu&rsquo;\u00e0 eux. Il les d\u00e9couvre. Leurs t\u00eates se lib\u00e8rent des capuches qui les entravent. Les deux hommes ont des traits similaires. Celui qui porte l&rsquo;\u00e9p\u00e9e para\u00eet \u00eatre le plus \u00e2g\u00e9. Leurs cheveux noirs ondulent au vent comme le plumage de cormorans. Leurs paupi\u00e8res se ferment sur des yeux gris. Le cavalier descend de sa monture pour la mener \u00e0 une prairie d&rsquo;herbes grasses. Il d\u00e9tache de la selle une sacoche, la pose sur son \u00e9paule et revient \u00e0 la plage o\u00f9 l&rsquo;a attendu son compagnon. Tous deux s&rsquo;approchent des escaliers qui m\u00e8nent aux ruines du ch\u00e2teau. Il n&rsquo;y a plus personne, \u00e0 cette heure-ci. Les guides s&rsquo;en sont retourn\u00e9s \u00e0 leur famille. Les touristes \u00e0 leurs vacances. Les villageois ne viennent jamais. Les deux hommes montent les marches. Les bourrasques se font plus violentes, cherchant \u00e0 les plaquer contre la paroi de gr\u00e8s. Ils arrivent \u00e0 la porte. L&rsquo;a\u00een\u00e9 heurte l&rsquo;huis. Le vent s&rsquo;engouffre dans les manteaux et l&rsquo;ouvre \u00e0 la vol\u00e9e. Ils demeurent un instant interdits, comme sur le point de profaner un sanctuaire. Ils avancent et se retrouvent au milieu des ruines. Il ne reste plus rien des murs qui se dressaient fi\u00e8rement il y a plusieurs si\u00e8cles.<br \/>\nDans ce qui \u00e9tait autrefois la cour principale, ils d\u00e9posent leurs affaires. Ils agissent avec la pr\u00e9cision de ceux qui accomplissent un rituel pr\u00e9cis. Le plus jeune \u00f4te la cape de son compagnon, ainsi que le reste. Il l&rsquo;aide \u00e0 se d\u00e9shabiller enti\u00e8rement. Malgr\u00e9 le froid, il ne frissonne pas. Il saisit son \u00e9p\u00e9e et la plante sans effort dans le sol jusqu&rsquo;\u00e0 la garde. Il lance un regard en arri\u00e8re et celui qui tient ses v\u00eatements souffle dans un cor. Un son \u00e0 fendre mer et ciel retentit. La terre tremble. Quelques vieilles pierres se fracassent en bas de la falaise. Puis, le vent reprend ses droits et l&rsquo;on n&rsquo;entend plus qu&rsquo;un souffle qui roule sur les vagues.<br \/>\nL&rsquo;homme nu fixe l&rsquo;endroit o\u00f9 le soleil devrait \u00eatre et o\u00f9 il n&rsquo;est pas. Les nuages dans le ciel filent \u00e0 toute allure. En un instant, une trou\u00e9e appara\u00eet. Il retire son \u00e9p\u00e9e. Au moment m\u00eame o\u00f9 le soleil se d\u00e9voile, laissant la lumi\u00e8re mordre le m\u00e9tal, des constructions sortent de terre, dans un fracas terrible. C&rsquo;est comme le cri d&rsquo;un gigantesque nouveau-n\u00e9, aux poumons de roche. Un cri qui tient aussi de la respiration. Un cri qui fait trembler les os et vaciller l&rsquo;esprit. Puis, tout s&rsquo;arr\u00eate et une forteresse se dresse face aux deux hommes.<br \/>\nLes b\u00e2timents ont jailli. Ils sont en bois. Leur base est en pierre. Une palissade les entoure. Au centre de l&rsquo;\u00eelot, une maison qui pourrait accueillir cinq cents personnes domine le paysage. Autour d&rsquo;elle, des b\u00e2tisses plus petites. Pr\u00e8s de la porte, des greniers. L\u00e9g\u00e8rement \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, un moutier. Dans celui-ci, une lumi\u00e8re brille doucement. Tout est vide. Seule remplit les lieux la pr\u00e9sence d&rsquo;un pass\u00e9 mouvement\u00e9 et bien vivant.<br \/>\nLe corps nu s&rsquo;est recouvert. L&rsquo;\u00e9p\u00e9e a \u00e9t\u00e9 essuy\u00e9e dans l&rsquo;herbe. Ils entrent dans le moutier. Ils se signent. Deux lits les attendent. Ils rompent le pain, boivent un peu d&rsquo;eau puis s&rsquo;endorment. Dans leur sommeil, le vent continue de se m\u00ealer aux vagues pour achever le lent travail d&rsquo;\u00e9rosion qui est le sien depuis des mill\u00e9naires.<br \/>\nAvant l&rsquo;aube, ils se r\u00e9veillent dans le silence. Le vent s&rsquo;est tu. Ils se pr\u00e9parent \u00e0 quitter les lieux. Ils redescendent les marches et vont sur la plage. Une nef blanche les y attend. Ils font monter la jument grise. La nuit noire se laisse submerger. Jaillissant dans un \u00e9clat vert, le rougeoiement solaire illumine un monde nouveau.<br \/>\nTout peut recommencer.<\/p>\n<p class=\"wp-flattr-button\"><a class=\"FlattrButton\" style=\"display:none;\" href=\"https:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/prelude\/\" title=\" Pr\u00e9lude\" rev=\"flattr;uid:Alexis_Ids;language:fr_FR;category:text;tags:Arthur,Cornouailles,L\u00e9gende,Od,Tintagel,blog;popout:0;button:compact;\">Il y a la terre. Il y a la mer. L\u00e0 o\u00f9 les deux se rejoignent, il y a le vent. Un vent d&rsquo;une force terrible, \u00e0 en arracher les...<\/a><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a la terre. Il y a la mer. L\u00e0 o\u00f9 les deux se rejoignent, il y a le vent. Un vent d&rsquo;une force terrible, \u00e0 en arracher les rochers. La plage est grise. La mer est grise. Le ciel est gris. Le paysage forme un bloc compact. 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