{"id":159,"date":"2012-06-01T10:41:50","date_gmt":"2012-06-01T10:41:50","guid":{"rendered":"http:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/?p=159"},"modified":"2015-08-23T12:45:10","modified_gmt":"2015-08-23T12:45:10","slug":"monsieur-maucieux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/monsieur-maucieux\/","title":{"rendered":"Monsieur Maucieux"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em>Il y a un monde. Notre monde. Celui que l&rsquo;on connait. Mais il n&rsquo;y a pas que \u00e7a. Il y en a d&rsquo;autres. Diff\u00e9rents. D&rsquo;autres gens y vivent. Ils y vivent assez bien. Il arrive que certains passent d&rsquo;un monde \u00e0 un autre. \u00c7a arrive comme \u00e7a, d&rsquo;un coup. Comme si on passait d&rsquo;une pi\u00e8ce \u00e0 une autre.<\/em><br \/>\n<em> On entre dans une armoire et on se retrouve soudain les pieds dans la neige \u00e0 parler \u00e0 un faune. Parfois, on h\u00e9rite d&rsquo;un couteau qui permet de d\u00e9couper la r\u00e9alit\u00e9 pour aller visiter d&rsquo;autres probabilit\u00e9s. D&rsquo;autres fois, on marche dans une for\u00eat, on passe entre deux arbres et soudain le soleil est plus grand, la saveur de l&rsquo;air est plus douce, le sol ne craque pas pareil sous les pieds. On arrive alors en haut d&rsquo;une colline plant\u00e9e d&rsquo;arbres qu&rsquo;on ne connait pas et le paysage qui se trouve devant soi est tellement \u00e9trange qu&rsquo;on en a le souffle coup\u00e9 pendant quelques instants. On d\u00e9cide ensuite de partir \u00e0 la d\u00e9couverte de ce monde et on y vit des aventures formidables.<\/em><br \/>\n<em> C&rsquo;est comme \u00e7a que \u00e7a se passe quand on est un enfant et qu&rsquo;on passe dans un autre monde gr\u00e2ce \u00e0 la magie d&rsquo;on ne sait qui.<\/em><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est ce genre d&rsquo;aventure qui est arriv\u00e9 \u00e0 monsieur Maucieux. C&rsquo;\u00e9tait un beau jour d&rsquo;automne. Monsieur Maucieux avait trente-cinq ans. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas un enfant. Il arrivait pourtant \u00e0 se faire \u00e0 sa condition de grande personne. Il vivait une vie ennuyante autant qu&rsquo;ennuyeuse. C&rsquo;est ce que font beaucoup de grandes personnes qui ne sont pas des enfants. Il devait travailler et n&rsquo;aimait pas tellement \u00e7a. Toute la journ\u00e9e, il devait \u00e9crire \u00e0 l&rsquo;ordinateur des phrases qu&rsquo;il ne comprenait pas et que d&rsquo;autres gens dans d&rsquo;autres bureaux analysaient. Il n&rsquo;avait plus le temps de jouer, ni de s&rsquo;amuser, ni de rire. Il n&rsquo;avait plus non plus le temps de penser. Il n&rsquo;en avait plus vraiment besoin d&rsquo;ailleurs. Il n&rsquo;avait plus le temps de vivre, aussi. De toute fa\u00e7on, sa vie, il devait se l&rsquo;acheter. Rien n&rsquo;est donn\u00e9.<br \/>\nLe w\u00e9quende, il allait se promener \u00e0 la campagne. Il essayait d&rsquo;oublier les voitures, la pollution, le bruit. Bref, tout ce qui le faisait mourir \u00e0 petit feu. Lors d&rsquo;une petite balade digestive comme les adultes aiment en faire, l&rsquo;aventure commen\u00e7a.<br \/>\nIl marchait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un champ de ma\u00efs en pensant au lundi qui se rapprochait trop rapidement (m\u00eame les adultes n&rsquo;aiment pas les lundis, parce que beaucoup n&rsquo;aiment pas leur travail et que c&rsquo;est presque une torture pour eux\u00a0; voil\u00e0 pourquoi ils aiment ces moments o\u00f9 ils peuvent ne rien faire). Un coup de vent souleva son chapeau et l&#8217;emporta au milieu du champ. Dans la seconde qui suivit, il \u00e9carta deux plants et s&rsquo;engouffra \u00e0 la poursuite de son couvre-t\u00eate. Monsieur Maucieux eut bien du mal \u00e0 avancer parmi les \u00e9pis qui l&rsquo;\u00e9piaient, \u00e0 ce qu&rsquo;il lui semblait. Il r\u00e9ussit tout de m\u00eame, tout pantelant dans son pantalon tach\u00e9 de boue, les cheveux \u00e9bouriff\u00e9, \u00e0 mettre la main sur son chapeau. Il \u00e9tait un peu caboss\u00e9. Mais ce petit d\u00e9sagr\u00e9ment ne le d\u00e9rangea pas et il le remit sur sa caboche. Il sortit du champ en chantonnant.<br \/>\nLe chemin du retour lui parut plus long. \u00c7a devait \u00eatre, pensait-il, parce qu&rsquo;il \u00e9tait fatigu\u00e9. Il marcha longtemps dans la boue avant de sortir enfin de cette arm\u00e9e de ma\u00efs.<br \/>\nIl resta la bouche b\u00e9e devant le paysage qui se dressait devant ses yeux. On se serait cru dans un tableau\u00a0: l&rsquo;herbe \u00e9tait rouge, le ciel \u00e9tait vert et le soleil \u00e9tait bleu. Tout \u00e9tait boulevers\u00e9. Mais s&rsquo;il n&rsquo;y avait eu que \u00e7a, monsieur Maucieux ne se serait que l\u00e9g\u00e8rement inqui\u00e9t\u00e9. Il n&rsquo;y avait, malheureusement pour son \u00e9quilibre mental, pas que \u00e7a\u00a0: l&rsquo;air n&rsquo;avait plus la m\u00eame saveur en bouche, des parfums inconnus flottaient \u00e0 ses narines, des chants d&rsquo;oiseaux nouveaux venaient cogner \u00e0 ses oreilles et le sol n&rsquo;avait pas la m\u00eame texture sous ses pieds.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il \u00e9tait surpris par cette situation. Mais il \u00e9tait aussi heureux. Inconsciemment, c&rsquo;est ce qu&rsquo;il avait toujours voulu\u00a0: voir ailleurs s&rsquo;il y serait mieux. Juste pour essayer. Il n&rsquo;avait jamais aim\u00e9 les gens qui affirmaient que ce n&rsquo;\u00e9tait pas possible par principe. Pour monsieur Maucieux, si on y pensait, \u00e7a valait la peine d&rsquo;exister. On ne pouvait pas enterrer d&rsquo;une seule phrase une pens\u00e9e fra\u00eechement n\u00e9e. Les adultes \u00e9taient les champions de ce genre de chose. Ils faisaient de la r\u00e9alit\u00e9 quelque chose de diff\u00e9rent. Ils en faisaient une vaste banalit\u00e9. Pourtant, il y avait tant de raisons de s&rsquo;\u00e9merveiller. Une simple goutte d&rsquo;eau devrait \u00eatre sujette \u00e0 des consid\u00e9rations sans fin. Monsieur Maucieux, lui, \u00e9tait sur le point de verser une larme devant ce qu&rsquo;il voyait.<br \/>\nIl avan\u00e7a un peu jusqu&rsquo;\u00e0 un endroit o\u00f9 l&rsquo;herbe s&rsquo;\u00e9tendait sur une plus large surface. On devait \u00eatre en \u00e9t\u00e9, vu le temps qu&rsquo;il faisait, mais le soleil ne cognait pas comme il peut frapper dans notre monde. Il diffusait une chaleur ti\u00e8de et douce, comme s&rsquo;il \u00e9tait partout \u00e0 la fois. Plut\u00f4t qu&rsquo;une grande boule de feu, Maucieux avait l&rsquo;impression de sentir la pr\u00e9sence de centaines de petits astres, dont certains \u00e9taient cach\u00e9s dans le sol, comme il crut le sentir lorsqu&rsquo;il enleva ses chaussures et plongea le pied nu dans l&rsquo;herbe menue.<br \/>\nIl fit un bout de chemin dans l&rsquo;herbe carmin qui lui venait jusqu&rsquo;\u00e0 mi-jambe. Il songea qu&rsquo;il \u00e9tait triste de voir dans son monde \u00e0 lui les tondeuses \u00e0 gazon passer sur une herbe haute de quelques centim\u00e8tres pour le seul plaisir de la couper, alors que les premi\u00e8res fleurs pointent \u00e0 peine. C&rsquo;\u00e9tait pour lui un carnage v\u00e9g\u00e9tal. L&rsquo;herbe \u00e9tait faite pour pousser, Maucieux en avait la preuve devant lui. Elle avait l&rsquo;air heureuse, ployant doucement sous la brise qui faisait des vagues rougeoyantes en s&rsquo;\u00e9loignant. Il sourit. Il s&rsquo;abaissa puis s&rsquo;allongea pour dispara\u00eetre tout \u00e0 fait. Il se trouvait dans un lit de verdure et commen\u00e7ait \u00e0 oublier notre monde. Ce nouveau dans lequel il se trouvait \u00e9tait tellement agr\u00e9able qu&rsquo;il \u00e9clipsait l&rsquo;ancien. \u00c0 mesure que passait le temps, il devait effacer de plus vieux souvenirs pour pouvoir ne rien oublier de ce qu&rsquo;il vivait en cet instant.<br \/>\nIl s&rsquo;endormit certainement puisque quand il rouvrit les yeux le soleil \u00e9tait beaucoup plus bas sur l&rsquo;horizon et il faisait un peu plus froid. Il se releva et aper\u00e7ut une vague lumi\u00e8re derri\u00e8re la colline. Il gagna le sommet et d\u00e9couvrit une ville. Les lumi\u00e8res \u00e9taient tr\u00e8s faibles et \u00e9taient comme de petites lunes. Il descendit vers les premi\u00e8res maisons et \u00e0 mesure qu&rsquo;une pleine lune couleur rubis sortait de l&rsquo;horizon, les petites lunes artificielles s&rsquo;\u00e9teignirent.<br \/>\nIl changea de nom.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et Beaucieux entra dans la ville.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Voil\u00e0 ce que deviennent r\u00e9ellement ceux que l&rsquo;on ne retrouve jamais. Ils disparaissent. Ils d\u00e9couvrent de nouveaux mondes et ne veulent plus revenir dans l&rsquo;ancien.<\/em><\/p>\n<p class=\"wp-flattr-button\"><a class=\"FlattrButton\" style=\"display:none;\" href=\"https:\/\/inspirationdesurvie.net\/blog\/monsieur-maucieux\/\" title=\" Monsieur Maucieux\" rev=\"flattr;uid:Alexis_Ids;language:fr_FR;category:text;tags:Cong\u00e9,Conte,Exp\u00e9rience,blog;popout:0;button:compact;\">Il y a un monde. Notre monde. Celui que l&rsquo;on connait. Mais il n&rsquo;y a pas que \u00e7a. Il y en a d&rsquo;autres. Diff\u00e9rents. 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