Sonnet à la callipyge vélocipède

Bicycle_wheel_(close-up)Voilà l’été qui nous revient en vagues lentes.
Sur les rues désertées, l’or mou du crépuscule
Coule. Puis la cité doucement se bascule
Dans la torpeur. Ixelles tombe, somnolente.

Près des grands boulevards, une femme circule,
Roulant sur son vélo dans la masse gueulante
Du trafic vespéral. Sa peau est ruisselante
De sueur qui part du dos jusqu’en bas de son cul.

Ses fesses qui se serrent lorsqu’elle se cambre
Pour vite repartir vers le bois de la Cambre
Enflamment les passants d’une ivresse subite.

La déesse s’en va dans un flash couleur d’ambre.
C’est le mariage ancien que les dieux nous remembrent
De l’allure d’Hermès aux atours d’Aphrodite.

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Ballade sous la pluie

Ce fut un déluge. Des trombes d’eau tombaient
Comme si le soleil s’était noyé au ciel.
Les longues avenues changeaient toutes d’aspect,
Changées en cascades. Cette pluie torrentielle
Frappait de tout son poids la ville de Bruxelles.
Et partout les passants s’enfuyaient sous les gouttes
Qui martelaient les toits, les mettant en déroute :
Une débandade comme on n’en fera plus.
Ils n’étaient pas bien fiers sur le bord de la route
Et allaient çà et là, tous ces zouaves battus.

Ce fut un déluge. Le pays s’en souvient.
Même la Belgique ne prend pas l’habitude
De subir des draches qu’on dit l’œuvre païen
De ces dieux oubliés qu’on mit en servitude
Un jour de trop beau temps, lors d’un été trop rude.
Tout le long du trajet, sur le pas de leurs portes,
Commerçants résignés et voisins en cohortes
Regardaient l’eau tomber sur ces gens autres qu’eux.
Et sur les grands boulvards, des trams de toutes sortes
Allaient sans s’arrêter, fendant les flots en deux.

Ce fut un déluge. Je crois le regretter.
Maintenant, l’air est pur. Derrière les nuages
Était caché du bleu. Il s’en va éclater
Pardelà nos têtes. Oublié, mon orage.
Ce fut un déluge. J’attends le prochain. Sage.

Sonnet du Pet

Il me faut présenter un ami, Arthur : Français et cynique, nous partageons un même point de vue sur la société actuelle, c’est-à-dire que nous sommes tous deux presque désabusés. Ça ne tient qu’à peu de choses. Par contre, à la différence de moi-même, il ne supporte pas les clichés et ce côté un peu fleur bleue que je peux parfois avoir.
Suite au précédent article, ce sonnet que vous pouvez voir plus bas, il m’a envoyé une réponse sous forme de parodie. Avec son accord, je vous la copie ci-dessous :

Une alchimie complexe a déjà commencé.
Quelque chose remue : mes intestins se tordent
Dans un concert infect. Anarchie et discorde :
En un mot comme en cent, j’ai envie de vesser.

La foule autour de moi me force à retenir
Ce gaz qui est en moi et qui veut s’échapper.
Je lève une fesse discrètement. Un ré
Rompt ce silence sourd, déclenchant quelques rires.

Celui-là retentit bien fort, avec grand bruit.
C’est une vraie honte sous des regards d’autrui.
Malgré tout, je suis fier de ce précieux fumet.

Cette œuvre éphémère se dilue dans les airs.
Je n’ai qu’un seul regret, loin de votre colère :
C’est qu’on se sent plus lourd d’avoir lâché un pet.

Sonnet des amours

Une alchimie complexe est à l’œuvre en moi-même.
Je sens que mon âme se serre par à-coups,
Devenant carillon qui sonne de grands coups.
En un mot comme en cent, je peux le dire : j’aime.

On a déjà tout dit sur ce sujet connu.
Je ne parlerai pas de ces amours banales
Qui gonflent les livres de trames anormales.
Moi, je leur préfère les sentiments diffus.

Ceux-là qui explosent sans faire de bruits,
Ceux qui un jour naissent, mûrissent comme un fruit
Et ne meurent jamais, renaissant sur leurs croix.

Mon amour est ainsi : un soleil impossible
Dont les rayons touchent des dizaines de cibles.
La plus proche a chaud, les autres n’ont pas froid.

Lunaire Quadridécan

Il faut s’imaginer la vie non comme elle est
mais comme elle devrait être. Puis, s’attarder parfois
sur les petits moments qui passent trop souvent
inaperçus dans ce grand tout où l’on est rien.

Voilà pour la sagesse : quatre vers pas mal faits, qui sonnent presque juste, alexandrins je crois ; enfin, ça y ressemble, d’assez loin, sûrement. En tout cas, selon moi, ils sonnent vraiment bien. Comment dire ? je sais pas, j’ai envie… je voudrais juste quelques instants que je prendrais pour moi, pour respirer, ouvrir les yeux, vivre un moment. Il le faut, puisqu’on meurt quand même à la fin.
Il faut qu’on s’arrête sur la route, en forêt, et qu’on lâche un sourire, les sens tout en émoi, quand passe une bestiole, un machin pas bien grand, une souris ou je ne sais quoi qui ne sait rien des humains. Ç’a lieu dans une forêt, j’ai dit. Il y fait frais et même, en plein hiver, il peut y faire froid. Pourtant, elle, elle s’en fout : elle fouille et, en grattant, elle fait un peu de bruit, comme une petite main. Je me penche sur elle, je m’arrête et me tais ; je retiens mon souffle, je compte jusqu’à trois et le temps s’étire sous le poids des grattements. Tout contemplatif, j’en oublie mon traintrain. La tête vide, je lève les yeux, niais, et je reprends conscience des autos, du fracas horrible de la ville qui me vrille les tympans. Tout à coup, j’ai besoin d’aller dormir un brin. Quand je m’ensommeille, je découvre la paix que procure parfois la douceur de bons draps. Je ne veux plus bouger. Je veux juste, un instant, oublier que le monde est monde, que l’homme est vain. Puis, je veux m’enfoncer dans des tréfonds épais d’où je ne sortirais qu’à grand peine, malgré moi, pour vider mes tripes, pour les remplir souvent. Je sais que c’est idiot, mais je rêve au matin d’être encore endormi.
J’en ai assez, tu sais ? On est tellement nombreux sur terre que quelque fois je me dis qu’enfin, sans moi, ça changerait pas tellement les choses. Puis je me dis que je vis, que c’est pas rien. Il faudrait pas mourir. Pas tout de suite, en fait. Il faudrait avoir le temps de dire adieu, le droit, et ben, de vivre assez pour embrasser les gens qu’on aime et qu’on quitte. Alors, je vis, putain, parfois juste pour ceux qui meurent trop tôt, c’est vrai. Enfin, j’écris aussi, j’oublie tout : eux, vous, moi. J’oublie la société qui n’avance pas vraiment, qui tourne en rond et qui tourne encore, sans fin. Je m’enfonce en pensée dans une vie de projets, dans un fauteuil d’idées confortable, vrai roi de terres immenses où j’erre pauvrement, imaginant, réfléchissant, parfois en vain. Pendant quelques années, j’aimerais vivre en paix, mais pour ça, il faudrait sans doute changer les lois qui font l’homme mauvais, le rendent méchant et tellement médiocre qu’il en est malsain.

Lunaire Tridécan

Il y avait ces vents : un déchaînement d’airs. L’impression de sentir sur nos pauvres corps Des mains qui emportaient loin, très loin, nos misères. On croyait entendre résonner un grand cor Soudain accompagné par des cloches d’airain Qui tintinnabulaient dans un concert étrange. Sous un soleil voilé, midi sonnait enfin ; Ce n’était pas un temps à voir voler un ange. C’était pourtant l’hiver depuis déjà longtemps, Mais l’automne restait sur nos têtes baissées, Ne voulant pas partir, s’étirant, serpentant Et nous enveloppant dans sa toison tressée De fins nuages gris piqués de feuilles mortes. Les vents nous empêchaient d’avancer, de bouger, Sifflant, soufflant cent fois en bourrasques si fortes Qu’on marchait sur place, comme dans l’escalier Roulant d’une gare sur lequel on irait À contresens, parlant de tout. De rien surtout. Tout autour s’arrêtaient les gens, tous à l’arrêt. Ils étaient tous figés. Les vents couraient partout.
Et parfois, il pleuvait des perles minuscules De bruine sans un bruit, formant des diadèmes Posés sur les cheveux de dames noctambules Errant, marchant toujours, murmurant des « je t’aime ». Celles-ci promenaient leurs admirables croupes Tout au long de trottoirs désertés par la foule Qui quittait ces appâts pour converger en troupes Vers d’autres vitrines que léchait cette houle. Le traintrain de ces gens s’est poursuivi sans cesse : Jamais de changement, ou alors bien trop lent Ou trop insignifiant pour qu’ils oublient leurs fesses Qui monopolisent toute leur attention.
En ce début d’année, rien de neuf sous le ciel. Il y avait toujours partout sur la planète Des guerres, des crimes, des riens superficiels. Un empire d’argent et son armée de dettes, Piétinaient doucement nos dernières valeurs. Loin de nos idéaux grandissait l’avenir. Son engrais, le passé, n’était pas le meilleur. Le plant déjà malade allait de mal en pire.
Puis, un parfum dans l’air s’est emparé de nous : Parfum de terre humide et de fruits mûrs croqués, De cheveux de femmes. Il a laissé un goût De voyages sans fin en hommes défroqués. Quand la lune apparut, pleine, immense et superbe, Un grand raz-de-marée vint pour nous emporter, En charriant avec lui l’humanité en gerbes D’eaux teintées de rouge. Je me suis réveillé.
Et moi, j’avais le cul posé sur une chaise, Le nez sur des feuilles et les yeux dans le vague. Le monde m’appelait tout au long de ces treize Quatrains bancals que j’ai écrits, comme une blague.

Lunaire Dodécan

Du haut de la lune, je pose mon regard
Sur tout, éberlué par ce monde nouveau.
L’air me semble si pur, les eaux tellement claires
Depuis là-haut : c’est fou, mais tout me paraît beau.
Comment donc comprendre cet immense bazard ?
De mon satellite, moi, j’observe ces eux.
Tous, ils sont étranges. Ils déambulent toujours
D’un point à un autre. Parfois, ils désespèrent,
Arrêtent de chercher, se tournent vers le jour
Mais n’y voient rien du tout. Pourtant, ils sont heureux.

Tombé de la lune, je vadrouille au hasard :
J’hume mille parfums. Je vois bien des tableaux :
Des pays éclairés par des tas de lumières !
Le monde va, superbe, en novembre : il fait chaud.
Le soleil s’étire derrière la nuit noire
En fines draperies s’étendant dans les cieux.
Mais, petit à petit, les jours se font plus courts,
Les rayons obliquent dans l’épaisse atmosphère
Et ne réchauffent plus mon corps qui se fait lourd.
Le froid se fait mordant et fait pleurer mes yeux.

Marchant sous la lune, sur les grands boulevards,
Je vais dans la ville. J’avance sans un mot
Le long des façades aux vitres lucifères.
J’ai froid, faim et sommeil. Tout s’éteint face aux maux
Que je traîne avec moi. Dans cette vie bizarre,
Je ne reconnais rien, comprends pas les enjeux :
Ce que j’imagine prend un tout autre tour
Lorsqu’il est confronté à ces faits délétères.
Je m’enferme tout seul. En fait, je deviens sourd
Et aveugle et muet. J’oublie tout de mes vœux.

Regrettant leurs lunes, tous errent dans les bars
Dans la ville bruyante, offrant leurs idéaux
Qui se noient dans l’alcool cognant contre le verre.
Sous la lune brillante, ils tordent leurs cerveaux.
Au matin, à huit heure, ils vident sans retard
En plus de la boisson tout ce qu’ils ont en eux.
J’essaie de faire pareil et parler sans détour
Mais je réfléchis trop. Des pensées étrangères
S’emparent de ma tête et en font un labour,
Gravant d’affreux sillons. Je m’enfuis où je peux.

Les arbres résonnent de centaines de chants
Tandis qu’épuisé, je repose dans ce champ.

Et quand la grande orbe sort, disparaît du monde,
Il ne reste plus rien alors que je vous pleure :
Je quitte cette vie superbe tant qu’immonde.

Et mon corps trop maigre refroidit, becqueté
Sans un bruit, sans un son dans la nuit. Je me meurs
Sous la lune pleine comme un soleil glacé.