Cyclisme et Hybridation

« Les pistes cyclables n’existent pas. Ce sont des routes… ou des trottoirs ! »

C’est ainsi que se concluent les deux billets rédigés en janvier par l’ami Ploum. Il s’y interrogeait sur ce que sont réellement les pistes cyclables. Sont-ce des parkings ? Des routes ? Selon lui, les pistes cyclables sont soit des routes soit des trottoirs. Au mieux, des routes trafiquées pour donner l’illusion de sécurité aux cyclistes. Au pire, une couche de bitume rouge et glissante les mettant en danger. Dans tous les cas, il semblerait que les cyclistes soient condamnés à errer entre deux mondes, celui des voitures et celui des piétons.
Et pourquoi, au final ? Si l’on doit s’interroger sur ce que sont les pistes cyclables, il faut aussi réfléchir à l’identité des cyclistes. Ils ont des roues, mais sans la carrosserie des voitures (ou même des motos). Ils ont des pieds, mais ils ne touchent jamais le sol, ou presque. Ils sont faits de chair et de métal. Un cycliste, sur son vélo, est capable de se déplacer dans des endroits inaccessibles aux voitures – forêts, parcs publics, rues à sens unique adaptées pour eux (à Bruxelles, c’est assez courant) – tant qu’aux piétons – boulevards, routes à plusieurs bandes et autres joyeusetés.
Les cyclistes sont des êtres hybrides, mi-humains, mi-machines. Lire la suite

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Après le 13 novembre 2015

Hier soir, nous avons été diner dans le centre de Bruxelles. À trois cents kilomètres de là dans l’espace et à moins de vingt-quatre heures dans le temps, des dizaines de personnes sont mortes, fauchées par la bêtise humaine qui, comme trop souvent, avait pris le masque de la religion pour se justifier. En passant près de la Bourse, il y avait tout de même un frisson qui courait dans nos têtes. Paris, c’est la porte d’à côté. Après les attentats de janvier, la Belgique avait tremblé aussi. Parce que nos frontières ne sont pas des murs (pour l’instant), et que les pays réagissent plutôt comme des corps nus les uns à côté des autres : quand l’un a mal, l’autre souffre aussi.
Pourtant, la vie continue. Ce soir-là, on a peu parlé des événements du vendredi. « Tu es au courant ? Oui, bien sûr, c’est horrible. » Quelques mots, pas plus. On essaie de trouver ce qui a merdé à ce point pour que des Français tuent d’autres Français. La politique carcérale ? La politique sécuritaire ? La politique d’intégration ? La politique d’immigration ? Dans tous les cas, sûrement la politique, en partie. Quoi d’autre ? Nous, peut-être, et tous les autres aussi ? Un manque de dialogue, de compréhension, d’intelligence. Après tout, nous n’avons pas réussi à voir la détresse de ceux qui ont commis ces actes.
Le choc de ces attentats-suicides est double. Il s’agit non seulement d’attentats terroristes, visant à installer la peur dans les têtes de tous, mais aussi de suicides. Ces personnes étaient peut-être instables, mais il y a quelque chose d’extérieur à eux qui les a fait glisser sur la pente qu’ils ont dévalé. Et apparemment, il n’y a rien eu pour les arrêter dans cette chute. D’une certaine façon, ce suicide a été la preuve de notre échec à leur proposer un monde meilleur que celui que des fous de Dieu ont proposé. Ça ne pardonne rien, mais ça rend seulement les choses plus dramatiques encore…

Des minutes de silence ont lieu ou vont avoir lieu. Elles seront utiles pour ceux qui veulent se recueillir. Mais le temps du silence ne devra pas durer. Je pense que plus que jamais, il ne faut pas se taire. Il va falloir parler avec les autres. Essayer de comprendre ces autres de qui l’on a peur, et aller vers eux. Ceux qui pensent qu’il faut défendre à tout prix leur culture contre celles des autres se trompent. Une culture qui n’évolue pas n’a pas de sens. Ceux qui veulent figer la leur à jamais montrent par là leur peur de l’avenir, en se repliant sur un passé que bien souvent ils idéalisent.

Dès maintenant, il ne faut pas nous taire. Il faut parler. Il nous reste une chose à faire : avoir conscience de ce qui se passe et essayer d’agir sur les choses, d’une façon ou d’une autre, en fonction de nos moyens. Ne fut-ce que pour ne pas avoir honte de notre inaction plus tard.

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Tragédie et carnage

On parle dans ce journal du samedi 22 août 2015 sur RTL-TVI d’un « massacre évité de justesse ». C’est ainsi que le journal s’ouvre. On évoque ensuite un « carnage » qui aurait pu avoir lieu. L’incident du Thalys 9364 s’inscrit dans la continuité des attentats ou tentatives d’attentats qui ont marqué la Belgique et la France depuis ce début d’année 2015. Pourtant, ici pas de morts et peu de dégâts. Ça n’empêche pas certains médias de transformer cet incident en piqûre de rappel : n’oubliez pas d’avoir peur.
Après un bref résumé des faits, la parole est donnée aux témoins, qui partagent leur émotion. Ils ne donnent pas vraiment d’informations supplémentaires sur les faits, mais juste leur ressenti, leur émoi. Ils ont vécu, on nous le rappelle, « sept heures d’attente et d’inquiétude ». L’inquiétude est le maître-mot, celui qu’il faut retenir de cette séquence.
Quelques minutes plus tard, après un exposé des faits qui couvre de nombreux aspects (la bravoure des quatre passagers, le profil du suspect, etc.), Caroline Fontenoy, la présentatrice, se tourne vers Charles Michel et énonce très simplement en guise de seconde question : « J’aimerais tout d’abord avoir votre sentiment sur cette attaque qui aurait pu toucher tout le monde. On a l’impression de ne plus être en sécurité nulle part. » Ces mots résonnent dans des milliers de foyers en Belgique. Dans sa réponse, le Premier Ministre belge va dans le sens de la présentatrice, quand il explique en quelques mots : « On est passés à côté d’une potentielle tragédie. On est passés à côté d’un carnage. » Lire la suite

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Désobéissance organisée (Article Pirate)

Article rédigé pour le site du Parti Pirate belge : http://lepartipirate.be/desobeissance-organisee

Il y a quelques semaines déjà, j’ai pris part à la manifestation organisée par les trois grands syndicats belges socialiste, libéral et chrétien. Nous étions plus de cent-mille ce jour-là à protester contre un gouvernement qui ne nous plait pas, pour plusieurs raisons :

  • une politique d’austérité quand on sait que ce genre de mesures ne fonctionne pas, ou alors au détriment du bien-être de la population ;
  • la trahison du MR qui forme une coalition avec la NVA malgré ses promesses de n’en rien faire durant les élections ;
  • une sous-représentativité de la population francophone dans le gouvernement Michel, le MR ne représentant qu’une petite partie des francophones ;
  • un sentiment d’injustice profond quand, pour combler les trous du budget, on préfère s’attaquer aux faibles revenus tout en faisant des cadeaux aux grosses entreprises.

Et ce ne sont là que les raisons les plus évidentes. On trouvait aussi dans cette manifestation des gens qui ne croyaient plus à l’alternance politique (si tant est qu’elle a jamais existé en Belgique), en la démocratie, en la représentation citoyenne par les élus, etc. et qui manifestaient leur désarroi.

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Histoire avant l’heure : SABAM

17 juillet 2024
Maintenant que quelques années ont passé, il est enfin possible d’analyser la situation posément avec la rigueur qui nous caractérise si bien.

Revenons sur les faits.

Moi-même, je me souviens de ce jour d’été, vers le début des années 2020 : il faisait beau, il faisait chaud, on se sentait bien. Je lézardais dans le Parc du Cinquantenaire. Près de la grande fontaine jouaient des enfants. Au loin, le parfum de l’herbe fraichement coupée se mêlait à celle de la marie-jeanne.
J’en avais fini de bronzer pour ce jour-là et je m’apprêtais à visiter le centre de Bruxelles pour y boire quelque pastis en terrasse. J’avais rangé mon livre et j’étais en train de replier mon essui quand l’impardonnable s’est produit : une série de notes se sont échappées d’entre mes lèvres et, bien malgré moi, j’ai sifflé le refrain d’une chanson qui passait alors en boucle à la radio en ce temps-là et dont je ne me rappelle plus le titre.
Mon grand malheur a été qu’au même moment un inspecteur de la SABAM passe par là. Résultat ? Une amende de 100€ pour fraude, puisque mon abonnement SABAM avait expiré trois semaines auparavant. Lire la suite

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Réflexions politiques

Dans un mois, nous irons voter. Eh oui ! le 25 mai 2014 approche à grand pas. Pour de nombreux pays d’Europe, il s’agit de la date des élections européennes. Mais pour la Belgique, le scrutin a une toute autre importance. En effet, nous allons cumuler élections fédérales (ou législatives), régionales et européennes.
C’est la première fois depuis quinze ans que cette configuration a lieu. Et cela ne se reproduira plus avant dans vingt ans. C’est un peu l’éclipse solaire du monde politique belge. Un évènement rare. Et étrangement, il y a peu de mouvement autour de ces élections.
Personnellement, j’étais un gosse en 1999, mais je me souviens tout de même de cette époque trouble qui a été marquée par l’affaire Dutroux et la crise de la dioxine. Lire la suite

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Histoire avant l’heure : Les dernières heures du chomage

Aujourd’hui, j’ai été exclu du chomage.
C’est dur. Moralement, c’est très dur. J’ai fait ce que je pouvais pour m’intégrer au monde de l’emploi. J’ai mème suivi de temps en temps des formations, souvent déconnectées du monde réel, afin de rajouter quelques lignes à mon curriculum vitae. C’était généralement sans grande conviction et plus pour faire plaisir à mes formateurs que pour mon propre plaisir. Mais mes efforts n’ont servi à rien. J’ai été exclu.
Psychologiquement, je vis cette exclusion comme un choc. Il ne s’agit pas seulement de la perte d’un revenu qui me permettait à peine de boucler le mois. C’est aussi le sentiment que je n’appartiens plus au mème monde que les autres. Cette exclusion, c’est aussi un rejet. Et comme dans tout rejet, il y a ici une violence humaine qui est acceptée inconsciemment par tous. Lire la suite

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